Jean Régis PERRIN
 
L'oppidum de Villejoubert,
place forte et refuge gaulois (III)

 

Un aperçu général nécessairement provisoire,
encore incomplet,  raisonnablement subjectif. . .

de cette immense fortification gauloise de l'Age-du-Fer finissant.

       



   




   La première image du panneau  des structures ci-dessus a été commentée à titre d'exemple, à la fin de la page d'accueil de notre site.  Nous n'y reviendrons pas et nous  retrouverons ici avec quelques détails supplémentaires, toutes les facettes déjà décrites de l'espace aristocratique de La Clautre. Nous y ajouterons en particulier une remarque : l'enclos ultime de la Clautre présenterait une partition interne (pointe de flèche rouge, point blanc) qui l'apparenterait dans une structure plus complexe, à la ferme (villa primitive ?) du Chêne-Court ("Cassano curtis") de la page 5 (un desert archeologique) du présent site .

   Sur ce même panneau on remarquera, à l'est de l'ancienne ferme et en lisière des bois, une trace carrée légèrement engagée sous le couvert forestier, autour du point culminant de l'oppidum, le culmen. Il s'agit probablement d'un sanctuaire, un  fanum, avec une possible  cella centrale circulaire, prolongé par une  esplanade de façade au sud-ouest : images au centre du panneau ci-dessus.
    Un chemin coudé émane de l'angle sud-est du sanctuaire et se dirige vers le Sud, vers la ferme actuelle du Taret. Des enclos carrés contigus, postérieurs à la ruine de l'édifice cultuel, se remarquent en surimposition; ils s'étendent vers le sud-est.


  Nous évoquons encore ci-dessus et ci-dessous la tombée aride (couleur claire) du murus secondaire de La Clautre qui forme la limite ouest d'un tertre. Sous certains aléas météorologiques, celui-ci semble bien recouvrir, des indices diffus d'enclos et de cheminements  qui occupent le haut du terrain qui verse vers le Château du Muraud.

     Sur un site d'éperon tel  Villejoubert, le relief très contrasté rend difficile la restitution en plan des structures observées.
   Il faut savoir en effet que toute photo aérienne oblique sur un sol varié constitue, peu ou prou, une trahison topographique. La photo verticale apporte à cet égard, une distorsion moindre. Mais le rôle essentiel de ces documents, est de révéler
au sol et de cibler des indices qui resteraient illisibles sans le recul que donne l'altitude.
  Les techniques actuelles et à venir de la géodésie informatisée
sont les premières bénéficiaires de cet éclairage : les photos de la prospection aérienne assument ainsi essentiellement un rôle précurseur mais déjà éclairant, pour les travaux de l'archéologie de terrain.
 


    Au sud-ouest de la ferme du Taret, entre deux ruisseaux, une parcelle porte en son centre, l'enclos fossoyé bipartite détecté dans l'infrarouge par RIGAUD en novembre 1985. On observera sur son angle nord-est une entrée complexe en couloir. Et, accolé à la ligne médiane de partage, une petite structure rectangulaire.

    Au nord (à gauche) les éboulis linéaires du mur fortifié de La Clautre se manifestent par leur  pouvoir asséchant : teinte claire dans le spectre visible. Les traces sont suffisantes pour permettre de conclure à une porte dans la fortification, défendue en avant, par un possible"fortin" (à double enceinte ? Voir la vignette ci-dessous) dont les vestiges d'écroulement persistent sous la forme de placages fortement chargés d'humus qui apparaissent, en teinte sombre lors des périodes pluvieuses (cf "L'Oppidum... 2ème partie).
 
    Ces deux indices archéologiques majeurs figuraient sur le document IR de Pierre Rigaud et la clé de leur interprétation était explicite dans le travail de ce scientifique.
   On sait par contre qu'à cette époque, leur nature, leur intérêt scientifique et leur signification se situaient au-delà de toute expérience et donc de toute analyse, de la part de l'archéologie.

    Enfin une petite villa rustique avec en interne, trois compartiments d'angle, est également remarquable par ses deux forts pilastres d'entrée qui ont profondément marqué le sol.



 Viviers dans un vallon protégé ?  

   On notera  sur le plan synoptique en tête de page, que  nous avons tenter de transcrire des aménagements diffus observés sur certains clichés en tête du vallon situé entre le Taret et Boulade et sur le cours ( à gauche) du ruisseau.
  On  retrouvera ces mouvements de terrain  sur la photo ci-contre.  Leur nature exacte et leur destination sont du domaine de l'archéologie de terrain.

    Par ailleurs  sur ce même cliché et selon les circonstances climatiques saisonnières, on observera l'apparence curieusement paracirculaire que prend le pourtour   des placages d'argile et d'humus, vestiges de  l'édifice défensif (?) qui était accolé  au  rempart secondaire de La Clautre.

                    
    


La partie centrale de l'oppidum :
du Courieux au Château










                     A l'est du "petit rempart"


Les Hortillons : les petits jardins

  Nous revenons ci-dessous, avec un graphique approché sur la zone d'hortillonnages située à proximité du "petit rempart",sur le versant sud du plateau, entre les cotes 350 et 360.
   La  photo verticale de 1984 - la seule explicite sur cet aménagement agricole -  ne permet pas de quantifier véritablement ces petites parcelles, au demeurant assez inégales et qui ont manifestement subi des remaniements à d'autres époques.
   Par acquit de conscience nous avons tenté sur ce site mais en pure perte, un cliché infrarouge IRC sévèrement filtré : ce n'était pas le bon jour ni pour l'infrarouge, ni pour la photo conventionnelle.

   Ces hortillons (petits jardins)  poseront (un jour ou l'autre) des problèmes de datation aux archéologues : ils semblent bien être circonscrits dans des limites que nous croyons récentes. Telles l'allée moderne du château de Villejoubert ou l'ancienne route départementale qui traversait  encore le milieu des terres agricoles en 1820 (cadastre napoléonien).
   Cependant nous découvrirons plus loin un cadastre étonnemment semblable se rattachant sans ambiguité aux terrassements d'une ferme de tradition gauloise : le Puy-Parvier près de Magnac-Laval !



Autour de la ferme des Linières

  En haut du plan synoptique et au nord du chemin agricole actuel, on remarque deux groupes d'indices :
         à gauche, des figures contiguës, reliées entre elles dans un tracé apparemment anarchique,
         à droite , un grand enclos rectangulaire  qui semble contenir des aménagements d'habitat. C'est une probable structure agricole qui occupe la partie centrale du plateau au milieu de ses annexes.
   Plus bas, en dessous de la route, une zone porte différents linéaments simples ou doubles et une profusion d'enclos jamais suffisamment définis pour en tenter le relevé.




     Sur la fortification principale de l'oppidum: La "Porte du Château"


   Nous avons fait figurer  sur le plan IGN des Linières et du Château  ci-dessus, une partie du murus gallicus qui entoure l'oppidum. Ce mur de défense périphérique n'est évidemment pas perceptible sur nos vues aériennes. Deux portes de tradition gauloise figurent sur le tracé que nous propose Jean-Michel DESBORDES.
  Nous avons appelé "porte du Château" celle qui se trouve au nord-ouest du Château de Villejoubert.  Par rapport à ce que nous connaissons
,  le dispositif apparaît ici tronqué et incomplet. Mais il faut faire la part des écroulements et des arasements survenus au cours de siècles d'activité agricole. Au demeurant, il ne serait pas étonnant que des restes arasés et invisibles prolongeant le mur venant du Château, aient servi de base d'ancrage à la chaussée du petit étang moderne. Nous faisons état de cette hypothèse par un tracé tireté en vert-fluo.
   Ainsi tout rentrerait dans l'ordre.





           Du hameau de Villejoubert au "petit Camp de César"
                   (en complément aux évocations de la première page du site)

   
 

    Question : le petit réduit appelé "Camp de César" ne pourrait-il pas être un super dispositif  d'arrêt et de fitrage disposé en arrière de la "Porte des Sagnettes" ?



  Le mur de barrage, les voies de circulation et les zones d'habitat
à l'est de la porte des Sagnettes  






 

   Nous avons surchargé d'une croix rouge les itinéraires  de l'Ancien Régime figurant encore au cadastre napoléonien (tracés jaunes) et les chemins plus récents qui les ont remplacés (figurant en blanc sur notre cliché).
   Nous rappelons que les uns et les autres perforent et démolissent les murs de défenses gaulois (murus gallicus) en dehors des portes protohistoriques et antiques connues :
            ils ne peuvent en aucune façon constituer des repères historiques pour l'époque
                                               de l'Age du Fer qui nous intéresse.


  Cependant leur datation erronnée a  donné lieu à la notion téméraire et hardie d'oppidum routier, un oxymoron limousin.






L'oppidum de Villejoubert après enquête de l'archéologie aérienne
Aménagements de portes sur les murs de fortifications,  retranchements intérieurs,
 voies d'accès et de circulation, ressources en eau . . .

Edifice cultuel, habitats, emprises agricoles . . ..

   

  1 - Les Terres de l'Artige : ferme gauloise
  2 - Habitat aristocratique retranché de La 
Clautre.
       Edifice cultuel : fanum ou vierekschanze
  3 - Structures d'habitat, édifices,  remparts,
aménagements
       hydrauliques (?) à l'ouest et au sud-ouest du Taret
  4 - Enclos et parcelles au sud de Boulade
  5 - Enclos retranché, parcelles, cheminement et sols tavelés
       au sud-ouest du Courieux
  6 - Ferme : enclos d'habitat, parcelles agricoles . . .au nord-est                 du Courieux
   7 - Extrémité du "petit rempart" : porte inachevée (en vert)
   8 -  Parcellaires en damier : les " hortus"
   9 - Ferme, annexes et parcellaires sur le plateau des Linières
 10 - Aqueducs vers des structures d'habitat (villas gallo-romaines ?) .
 11 -  Porte des Sagnettes
 12 -  Route protohistorique Est d'accès à l'Oppidum
 13 -  Enclos rectangulaire sur la route de jonction des gués de Vienne
          et de Maulde. Emprise de structures d'habitats près de Chez-Garaud
 14 -  Eperon barré avec système de fortification d'entrée.
          Plus loin à l'est, traces d'un  chemin d'accés à un habitat éventuel, sur
          un replat de confluence, au sud des Champs (voir mosaïque verticale).


Les historiens de plaisance 
et l'affabulation
 




Cette dernière image illustre la tentation   permanente de certains érudits de village à faire fructifier  à petit bénéfice, tant des histoires
venant de rumeurs invérifiées
que des documents plus sérieux
venant de
chercheurs pointilleux, qui les ont laborieusement et méticuleusement
découverts et recueillis, à leur corps défendant,
loin des sentiers battus et des idées reçues.
 


 
   Le cas s'est   concrétisé  récemment d'un piratage  d'image de la part d'un vulgarisateur probablement bien intentionné, qui vient de produire sur une encyclopédie du net et sans citer  nommément ses
sources, un état de  nos découvertes sur l'oppidum de Villejoubert ( 87) dans le but louable de conforter l'intérêt historique que peut présenter la commune de St Denis des Murs.

   Ainsi - ici comme ailleurs -  l'engoument d'un certain public suscite la publication d'anecdotes d'un folklore approximatif qui puise à toutes les sources disponibles : ces textes tantôt empruntent à des souvenirs dignes des veillées des chaumières des siècles passés pendant que d'autres s'inspirent de travaux contemporains plus sérieux. Les uns et les autres convenablement "arrangés" pour émouvoir un  public qui pense retrouver ici un pâle souvenir de ses racines.

   A St Denis, publiée sans nom d'auteur, une carte copiée sur notre site (voir ci-dessus) est agrémentée d'un certain nombre de fioritures supplémentaires qui montrent bien l'état d'esprit du plagiaire : celui-ci prolonge par exemple un certain nombre de "voies gauloises" dont il ne sait sans doute pas qu'étant rarement traduites par des indices au sol, elles  se laissent difficilement deviner  sauf cas d'exception : tels la proximité d'habitats.

    Le risque est ainsi constant, la technique informatique permettant une diffusion exponentielle de renseignements de toutes natures et puisés  à toutes les sources, de voir des néophytes inspirés, manquant d'expérience autant que de prudence et de probité, planer au-dessus de leurs moyens et avancer  des conclusions qu'ils se trouvent bien incapables d'assumer.

   Et il arrive aussi qu'aux inévitables erreurs ou approximations, dont celles du chercheur de base qui redoute
pourtant et toujours de céder à l'interprétation farfelue,
 l'invention du copiste ajoute  l'ineptie.

   C'est ainsi qu'à titre de simple exemple, on peut annoncer sans grand risque que la voie protohistorique qui sort de la porte des Sagnettes, se dirige vers  la Maulde . . . Mais on ne peut strictement rien dire de sérieux sur la  suite du tracé.

   Or sur le plan piraté on voit la route des gaulois, une fois passé un gué probable, continuer droit vers le nord en gravissant hardiment  la pente vertigineuse de la 
rive droite, défoncer la fortification et traverser   le plateau  quasi circulaire d'un des plus beaux "éperons barrés" (forteresse primitive des premiers âges du fer : indice 14) connus en Haute-Vienne :
l'éperon barré des Champs.
  
   Celui-ci n'ayant encore jamais été reconnu à ce jour - ni même signalé  - par l'archéologie traditonnelle , qui se donne rarement vocation  à dépasser les périmètres d'investigation  (et d'imagination !) qu'elle s'est elle-même fixés.


 Toute l'interprétation méticuleuse et circonstanciée que nous avions cru développer
au fil de 5 ou 6 années de recherche se trouve bousculée.
         Car c'est à nouveau prolonger  le jugement sommaire qui nous a valu de voir des perforations modernes
(du XIXe et XXeme siècles, voir notre image ci-dessus : étoiles rouges)
déjà  invoquées par l'érudition
comme autant de "portes protohistoriques"  qui auraient été percées  dès son origine
dans les remparts du
grand oppidum . . .


Ou à la "porte du petit rempart" de demeurer indécelable
( et béante ?) aux yeux des fouilleurs
 du fait d'un "demi murus gallicus" dont on n'a pas envisagé le nécessaire vis à vis . . .

Parlons-nous d'oppidum (au pluriel !) ou de paniers percés ?
- "Taisez-vous, Vauban !"

Le soleil rasant d'un matin d'hiver et la gelée blanche accentuent deux dépressions
soulignées par une population de saules :
d'anciennes mares gauloises  ou autres équipements, aménagés dans la dépendance
de la ferme des Linières ?  Voir la photo dédiée plus haut dans cette page.




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