Jean Régis PERRIN 

La voie antique d'Avaricum (Bourges)
et la villa d'Arédius

au milieu de champs miniers gaulois dédiés à Bélénos (Beaune).

Puis le terroir gaulois du Breuil de Morterolles :
  voie traditionnelle et voie romaine, fossoyages anarchiques (?)
et enclos d'habitat

thermes rustiques (?) et sanctuaire routier.

Et une  voie 
traversière de très ancienne origine dont les avatars
sont devenus pérennes quand elle fut 

 ravaudée par les romains.

 







 Le testament de Saint-Yrieix : "Génolac" et Janailhac


  Un jour, j'étais  en vol pour tenter de prolonger vers le nord cette voie qui venant de Limoges, m'était familière jusqu'aux  mines de Beaune (en fait, commune de Rilhac-Rancon).


  Mais quelques menus détails me laissaient à penser que  cette voie pouvait comporter  un embranchement vers le nord-est au dessus de Rilhac-Rancon . . .

   Finalement, rebuté par le manque apparent d'indices, j'avais provisoirement  abandonné ce parcours prometteur mais difficile, sur la limite nord de la commune de Rilhac.

   Mais de temps à autre et par acquis de conscience, j'effectuais  un léger détour pour prendre "mécaniquement" quelques photos verticales sur le site.

  A deux reprises, des images  fugaces sur un labour en cours de ressuyage, me semblèrent montrer quelque chose d'insolite. 
   C'était la cour immense d'un possible domaine agricole bordé de toutes parts par de grandes terres portant encore des signes que l'on pouvait avec quelque raison,  attribuer à des  recherches minières très anciennes.

  Or parmi l'étendue des terres agricoles, cette parcelle était  la seule à ne porter aucun  stigmate de  recherches minières .

  Et il m'était en effet revenu, comme  un vieux souvenir de lecture
impossible à resituer, les propos  d'un ingénieur  qui dirigeait au début du XXème siècle, des travaux miniers sur cette zone. Il y avait retrouvé des outils d'excavation qu'il faisait remonter aux temps de l'indépendance gauloise ou de la précoce période gallo-romaine.
  Analysant certaines traces de travaux anciens que ces terres avaient  supportés, ce spécialiste arrivait à la conclusion que des carriers gaulois avaient dégagé ici des têtes de filon de quartz  et avaient allumé là-dessus des feux d'enfer. 
  Puis ils les auraient refroidis brusquement sous des trombes d'eau et recherché ensuite l'or natif dans les fragments de la roche  éclatée. On comprend que ces images me soient restées à défaut du nom de l'auteur.

  Et voilà que mes  observations aériennes ne contredisaient pas ce point de vue : sous une légère humidité, la terre nue des  grandes parcelles qui entourent cette possible cour de villa, prend la couleur rubéfiée de la brique pendant que de longs fossés exposent la couleur noire du charbon de bois finement broyé par des siècles de culture.

  J'observais également des traces de bâti. Et quelques voies de circulation  se révèlaient au franchissement des ruisseaux par un décaissement en amont des rives et les empreintes de leurs fossés latéraux  (vignette ci-dessous).



    Sur les nombreux clichés que j'ai pu faire de façon systématique, en passage vertical sur le site, la parcelle qui apparaissait vierge de tout indice archéologique  me révéla un jour des traces  -  très faibles certes -  mais véritablement structurées et interprétables. Cette parcelle dépend de la ferme de Janailhac toute proche.
    Renseignement pris aux meilleures sources (Fernand GAUDY), le site était connu de vieille date par des trouvailles  de fragments de tuiles romaines. On me dit que j'étais très probablement  arrivé sans le savoir, au milieu de  propriétés ayant appartenu à la fin des temps antiques, à un nommé Arédius qui deviendra célèbre sous le nom de Saint-Yrieix.
   Par testament le saint homme fit don d'un de ses domaines  au  chapitre de la toute récente Abbaye Saint-Martial qui s'édifiait  au nord-est des ruines de l'antique Augustoritum. On désignait d'ailleurs et depuis longtemps déjà, ce qui restait de la ville, dont les habitants avaient migré sur le Puy-St-Etienne, sous le nom de"Civitas lemovicum".
  Pour autant que l'on puisse le déchiffrer sur le vénérable testament daté de 572 , le nom de l'une de ces propriétés s'écrivait "Génolac" - ou quelque chose d'approchant selon Fernand GAUDY.
  A comparer au Janailhac actuel.

   Mes images restituées sur fond d'ortho-photo-plan de l'IGN montrent l'angle très net d'une cour de villa ouverte au sud-sud-est et bordée latéralement par de grands bâtiments. L'obliquité apparente de l'aile droite a peut-être été contrainte par une voie de circulation secondaire que nous venons d'évoquer au paragraphe précédent.
     Une construction en U est adossée au mur nord : elle serait selon les fouilles de certaines grandes villas antiques connues en France, la demeure du vilicus, le régisseur et chef de culture. Du même coup,  la partie dévolue à la résidence du propriétaire pourrait se situer au-delà de ce mur de séparation.
  Je n'y ai jamais rien vu de précis, mais un abondant mobilier antique  très fractionné et érodé jonche le sol sur cette partie haute du site à l'aspect très minéral (surimpression rouge sur le report IGN et zone plus claire sur notre photo ci-dessus) et dont le sol semble avoir été profondément remanié dans les dernières décennies.

   Quant à la voie principale qui m'avait amené jusqu'ici, (voir les photos ci-dessus), ce n'est plus qu'un petit chemin qui vient de Rilhac-Rancon et qui, après avoir coupé la route de Beaune-les-Mines,  pénètre à peine carrossable, dans la vieille zone minière où il finit en chemin agricole, longeant à l'ouest les terres de Janailhac. J'espérais toujours pouvoir en prolonger l'axe principal et au moins confirmer une prochaine étape à  Maison-Rouge, sur notre ancienne Nationale 20.

 Le hasard allait me donner l'occasion de retrouver un prolongement possible bien que lointain, à cet itinéraire antique   délaissé. 


La villa d'Arédius



   Nous n'avons pas voulu partir plus loin vers le nord sans vous offrir ce qui reste de "la villa d'Arédius". Sur notre cliché, les traces déjà fugaces il y a  28 ans ne se sont pas densifiées, bien au contraire.
    Elles permettent cependant et au moins,  de montrer que nous n'avons pas rêvé et que les couvertures verticales systématiquement exécutées sur des sites sensibles, finissent toujours par payer : ce pourrait être une bonne résolution pour la nouvelle génération d'archéologues du prochain siècle.
   Ce pourrait être aussi l'occasion de prendre conscience des trésors qui dorment dans les collections de l'IGN depuis 60 ans et plus et nous ne manquerons pas de vous donner un aperçu des instruments qui permettent d'analyser  ces documents  - des pièces de musée et de brocante dont  l'immense majorité  est issue des enseignements et des expériences de la guerre de 14.
   Décidémment, un  siècle n'est rien en archéologie !
   Et puis une autre image encore parmi d'autres  mais qui n'apporte que peu de chose à ce grand vide historique. Nous proposerons cependant, ( dans une prochaine page : "l'affaire de la voie de Lyon, première partie" ) des tracés de voies antiques non loin de ce site.



 La Croix du Breuil
 
   Or il arriva qu'un jour le chantier de l'autoroute  A 20 dite "L'Occitane", nouvelle route de Paris à Toulouse, se rapprochait de notre département. L'inventaire archéologique des terres qui allaient être occupées par le tracé routier, était en cours.
   Je connaissais en contre-bas du site de la Croix-du-Breuil, entre Gartempe et Semme, entre Bessines et Morterolles, sur le dos d'une colline criblée de fossoyages et d'enclos, une route gauloise bien rectiligne sur plusieurs centaines de mètres et bordée par quelques traces de fossés. On pouvait même remarquer un embranchement partant vers l'ouest et encore marqué à deux millénaires d'intervalle, par deux rangs parallèles de quelques chênes. Cette voie très primitive allait être emportée par la sortie 23-1 dite "de Morterolles", de la nouvelle autoroute.

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  N B : Rappelons à la suite du constat énoncé à la page précédente, que la piste gauloise vieille de 2000 ans et plus, a ceci de particulier  qu'elle est indécelable aussi bien au sol qu'en vision aérienne . Parfois cependant et sur de courtes distances, elle se   matérialise dans la proximité des sites habités et des sanctuaires par deux  fossés parallèles - étroits et profonds selon notre constat sur la ferme de La Chatrusse - et devient donc visible de ce fait .
   Elle peut revêtir également sur quelques centaines de mètres  une apparence "rubanée" aux  strictes limites latérales,  comme une trace issue d'un long piétinement canalisé (Chassenon, Villejoubert . . .)

  Mais dans le même temps je fis la découverte supplémentaire d'une trace verte qui suivait en parallèle la limite Est d'une parcelle.
   Cette limite  de parcelle consistait en un fossé envahi par un buisson. Il me vint assez vite à l'esprit que cette trace verte pouvait être ce qui  restait d'une chaussée romaine pillée puis remblayée par le tout venant et les gravats.
    D'autant que le fossé  ne se limitait pas à notre parcelle. Il courait  sur près d'1 kilomètre entre Le Breuil et Morterolles à l'est de la trace verte, conservé ici depuis 2000 ans. Il appartenait donc bien à la voie antique. L'autre était invisible;  comme l'espace de la chaussée, il avait été récupéré de très longue date en terre agricole.

    D'orientation nord-sud cette voie avait toute chance d'être le prolongement de celle que j'avais abandonnée dans les terres de Janailhac et qui venait ici se surimposer à des indices d'occupation du sol d'origine gauloise.

  Cela dit et dans le cas qui nous occupe, je rappellerai la difficulté de décrire avec certitude à partir de vues un tant soit peu  lointaines, l'origine précise de ces bandes  qui alternent leur apparence sur les cultures et sur les prairies, tantôt humides tantôt arides.  Elles trahissent sans aucun doute des chaussées routières mais on ne sait pas exactement comment se comportent, dans l'évolution d'un épisode de sécheresse prolongé, un fossé comblé (selon sa taille, la nature du remplissage, le milieu encaissant . . .) ou la fouille d'ancrage d'une ancienne chaussée, pillée puis rebouchée de gravats et de rebuts. Nos commentaires à ce sujet ne sont donc que des hypothèses plausibles. Concluons donc ici à la présence certaine d'une voie antique mais ne cherchons pas à dire si :
                                          -  la trace verte appartient à l'ancienne chaussée : hypothèse plausible au vu de la première photo (de découverte du site),
                                             -  ou représente son bas-côté ouest, ce que semble indiquer les photos suivantes.
   Mais l' apparence des traces a probablement  alterné plusieurs fois dans l'intervalle des clichés.

  Sur ce sujet, la littérature régionale  nous propose de nombreux croquis de coupes de chaussées et de tranchées routières. Les coupes et plus souvent les profils en travers, concernent  des voies ruinées et détruites  ou fortement délabrées par un usage deux fois millénaire.

   De surcroît, les voies n'étant pas restituées dans une continuité suffisamment serrée, on n'est jamais  sûr de ne pas s'être égaré sur des diverticules. Et je ne citerai qu'un seul exemple que je dédie  aux spécialistes :
 
                       le très long diverticule de Saint-Auvent  n'est pas la voie d'Agrippa . . .

   Les tranchées routières quant à elles apparaissent souvent
fortement colmatées parfois affouillées par le ruissellement et peu susceptibles de nous renseigner sur la largeur et l'architecture des voies.
  C'est  assez  dire  que  les  fouilleurs   n'ont  jamais  été  clairs  sur  l'énormité  des  chaussées  précoces et  pas davantage
sur  l'existence  de ces banquettes latérales où, selon nous, circulaient les animaux de bât, la cavalerie, les piétons. . .  et dont la présence signerait leur origine  de "voies de la conquête".
 

   Pourtant le site existe qui permettrait cette investigation et ferait la lumière sur ce problème: c'est la Forêt des Vaseix mais de propos délibéré, ce choix n'a pas été fait .

  Nous en sommes donc réduits à nos seules images.

 On peut imaginer que la préparation de ces pistes cavalières latérales commençait par un décaissement large mais peu profond. Cette tranchée pouvait ensuite être   remblayé de sable ou d'arène légère, matériaux de confort et propres à éviter des blessures aux pieds de bêtes lourdement chargées.

Voie romaine figurée
    Les romains  ne pratiquaient pas le ferrage des chevaux :  pour les animaux de trait et pour eux seulement, qui circulaient nécessairement sur les chaussées, on avait inventé les hipposandales.

Extension du problème

  On ne trouva pas de mobilier archéologique sur la parcelle  récemment labourée qui affichait nos voies protohistoriques et antique au nord de la Croix-du-Breuil.
  Il faut dire qu'en l'état, l'icône aérienne au demeurant assez vague pour le néophyte, ne correspondait pas davantage à quelque chose de tangible dans la  doxa  archéologique limousine aussi savante qu'approximative au chapitre des voies antiques.
  Et le site ne fut pas fouillé avant le décaissement de la sortie d'autoroute.


  Par simple curiosité, je poursuivis la surveillance aérienne pendant les  travaux.  En effet, des signes concordants me donnaient  à penser qu'il y avait eu là dans un passé très ancien, un vaste domaine gaulois ou gallo-romain.



     Sur le panneau photographique ci-dessus une surimpression rouge rappelle la parcelle qui portait les traces d'origine : deux ans se sont écoulés, l'emprise routière de la sortie-échangeur est déjà délimitée.
    Sur les parcelles situées au sud des travaux, on retrouve la large trace verte qui nous avait intrigué lors de la découverte du site. Elle figure  en long et entre flèches jaunes sur le cliché d'origine, en tête de ce paragraphe et en largeur, entre pointes rougessur la vignette explicative ci-dessus. Elle est toujours parallèle au fossé, envahi par une haie arbistive, déjà signalé qui court  de la Croix-du-Breuil à Morterolles.

    Ces énormes chaussées dont nous reparlerons souvent, furent bâties immédiatement après la conquête : des voies destinées à parachever la main-mise sur le pays et . . . à impressionner le gaulois. Elles demandaient certainement un gros entretien et nous osons dire que le roulage devait y être très incommode. Elles  furent utlisées durant un, deux, trois  siècles au plus. Elles furent finalement pillées de leurs éléments les plus intéressants au profit d'intérêts privés peut-être ou bien au profit d'autres voies aux horizons plus limités, moins grandioses mais plus adaptées aux temps troublés du Bas-Empire.

       Mais depuis ce temps-là, nous le rappellerons souvent,  le remblayage fractionné de ces longues tranchées  constitue   un réservoir  d'humidité très performant qui nourrit de longues bandes d'herbe verte lors des courtes périodes de sécheresse.  Tantôt, ayant épuisé ses réserves d'eau avant le terme d'une longue période de canicule, il devient une longue trace brûlée. Avec ces nuances, les fossés latéraux également comblés et les bas-côtés, participent également à l'image.

   Notons qu'en se rapprochant  du village du Breuil, la voie antique a subi une contrainte de tracé  qui se devine encore dans la parcelle qui porte un bâtiment commercial, en bordure de l'ancienne RN 20. Cette déviation très localisée, pourrait être due à la présence du petit sanctuaire de sommet  qui figure sur mes images.

   Sur mes photos, de part et d'autre de la voie romaine, des indices d'occupation du sol apparaissent : ils sont répertoriés sur les différents clichés présentés et explicités sur le panneau IGN qui clôt ce chapitre.

 Une image classique de la prospection des voies antiques.

    Quant au tracé "en baïonnette" de la route qui dessert le village du Breuil, nous avons là un exemple classique d'un petit cheminement vernaculaire (créé dans un passé lointain mais que l'on peut situer entre la désuétude de la voie romaine et  sa destruction ) et qui a dû affronter alors le croisement avec l'énorme masse caillouteuse de la chaussée antique. On peut imaginer qu'une montée biaise sur le monument  fut sans doute aménagée.  Puis il s'ensuivit un court cheminement sur le faîte du massif, jusqu'à trouver une opportunité de descente : le pli était pris et le cours de la petite route scellé pour de nombreux  siècles.

   Le cadastre napoléonien recèle de nombreux exemples de ces parcours chaotiques de petits chemins communaux : certains ont été rectifiés de vieille date mais beaucoup subsistent encore.


   Et quand bien même tout a disparu, il arrive qu'on les retrouve fossilisés sur de vieilles photos aériennes où ils contribuent dans certains cas d'espèce, à révèler et à valider  l'origine antique de noyaux de peuplement devenus de petites villes : ce pourrait être - tiré d'un document vieux de plus d'un demi-siècle que nous produirons en temps opportun - le cas exemplaire de la ville d' Isle, à partir de "La Cornue", la bien nommée.



 Mais nous n'avions pas épuisé les ressources du site.


      Une année était passée et le chantier autoroutier avait  avancé.
   En vol, un jour,  je remarquais  que l'état des terrassements pouvait avoir mis  à découvert quelques détails de mon puzzle archéologique.
    Et le dimanche suivant, sans attendre davantage, je pris l'initiative de visiter le chantier sans autorisation mais sans grand risque d'être dérangé.
   
   A pied sur le site, je fus  déçu mais pas véritablement surpris de ne trouver que des traces très vagues des fossés que j'avais repérés en vol quelque temps auparavant : quelques pierres résiduelles au niveau de l'ancienne chaussée antique, une terre à peine plus brune . . .

   Mais mon attention fut  attirée, au plus près de l'ancienne Nationale, par la reprise en pente douce d'un long talus. Le rajout de terrassement est bien visible sur mes photos.

     Et à un mètre environ sous le niveau de la pelouse, 4 ajutages de canalisations en céramique rouge avaient été mis au jour par les engins.

    Autour de 3 extrémités de poteries brisées et à l'emplacement de celle manquante, on pouvait constater que la terre avait pris  une coloration bleu-noir-foncé qui témoignait    d'une étanchéité très imparfaite du réseau mais surtout d'un liquide transporté très pollué.
    Paysan d'expérience, je sus immédiatement  qu'il ne  pouvait  s'agir que d'un liquide   analogue aux effluents domestiques de lavage et de lessivage ou de résidus de cuisine qui s'écoulaient jadis dans les cours de ferme, en provenance de la pierre d'évier que l'on nommait dans ma Basse-Marche natale "la mareye". On pourra faire la même remarque aujourd'hui si l'on a l'opportunité d'observer des fuites sur des canalisations d'eaux usées en provenance de cuisines ou de salles de bains.

   On remarquera à l'examen attentif des documents,  que l'ajutage des canalisations était  visible sur mon dernier  cliché aérien mais hors de portée évidemment de toute espèce d'interprétation sensée avant la visite au sol ( flèches rouges dans un cadre jaune).
  Ceci admis, on observera également que le linéament à l'extrémité courbe figurant plus haut, sur le cliché d'origine, est directement lié à la canalisation située le plus au nord  qui venait ainsi se déverser dans le fossé Est du chemin gaulois. D'autres linéaments se discernent, des traces au sol correspondant aux trajets des autres canalisations,  orientés perpendiculairement à la voie romaine celles-là.
  Ces traces d'aqueduc semblent toutes provenir, en passant sous la voie antique, de ce petit bois rectangulaire situé de l'autre côté : nous ne savons pas ce qu'il nous cache mais une explication  ne doit pas être simple.

  Parmi d'autres débris, j'eus la chance de pouvoir récupérer intact l'élément de conduite manquant  qui avait roulé au bas de la pente. Le contexte archéologique contredit l'apparence d'une facture moderne qui serait celle d'un procédé  d'extrusion  mais aucune publication archéologique connue ne donne à penser qu'un tel procédé ait pu être maîtrisé à cette époque. L'élément récupéré mesure 323 mm de longueur  ( tiens ! un pied romain ) pour un  diamètre externe de 70 mm et une  épaisseur de parois de 10 mm. Les fragments des autres éléments brisés sont de nature parfaitement identique.

   On a retrouvé dans les fouilles  de Chassenon, des tubuli de taille variable mais de fabrication tout à fait conforme comme on peut le voir dans  les caves des Thermes (voir la vignette sur le panneau photographique ci-dessus). Notre élément de canalisation apporté là à titre de comparaison, est comme on le voit de même facture mais sensiblement plus gros que celui qui figure en exposition (oui, on avait égaré la clé de la vitrine !).

   Restait à comprendre comment ces éléments de conduites pouvaient être raccordés. Les embouchures ne présentant aucun dispositif d'emboitement, on imagine qu'elles pouvaient être lutées à franc-bord avec quelque pâte dont nous n'avons pas trouvé trace . . . d'où les fuites !
   
Une esplanade

    Une ultime remarque, nous avons observé que la zone repérée par une étoile rouge (et / ou un aplat rouge sur les photos qui entourent ce texte), donne au sol, la nette impression d'avoir été travaillée en esplanade, ce qui irait dans le sens de l'existence ici,  d'une ferme gauloise ou d'une villa gallo-romaine aux époques protohistorique et antique.
   Mais peut-être pas d'une villa romaine qui elle,  aurait sans doute laissé des traces plus consistantes
et aurait déjà été remarquée. Encore qu'on puisse avoir de belles surprises dans les déserts archéologiques ( voir la page suivante).

   Et à ce propos, avez-vous remarqué que la petite route qui va (qui allait !) du Breuil à Morterolles marque une inflexion en "chapeau de gendarme" à ce niveau (pointe de flèche rouge sur la photo ci-dessous).  
   Comme pour contourner une avancée de hautes terres ?
   Une esplanade de villa gallo-romaine par exemple.
  Etonnant, non ?


   Un cimetière à incinérations

   Au  même moment, loin au nord de Morterolles, les engins de terrassement de la nouvelle Nationale 20, mirent au jour des urnes funéraires enterrées contenant les restes de gallo-romains incinérés.

  L'enquête archéologique ne permis pas de savoir si le cimetière se rattachait à la présence de la  grande voie de circulation que nous venons d'évoquer ci-dessus mais dont personne au demeurant ne pouvait soupçonner l'existence .

   En effet, il est fréquent de découvrir des dépôts d'incinération  sur les voies romaines car on mourait déjà beaucoup sur les routes à cette époque.
   On pensa  par contre que le champ d'incinérations pouvait se rattacher à une hypothétique  villa ou ferme du voisinage.
  Quoi qu'il en soit et à juste titre bien sûr, le cimetière fut minutieusement fouillé.

   Les cimetières antiques sont très prisés en archéologie de terrain : c'est  pourquoi finalement, on connaît  mieux les gaulois morts que vivants.




Une voie
est-ouest de très ancienne origine

    Sur le cliché ci-dessous qui essaie de rassembler l'essentiel des renseignements collectés sur le site, on remarque sur le sommet de l'interfluve, à deux pas du carrefour actuel de la Croix-du-Breuil et de ma voie nord-sud  retrouvée, qu'une autre voie, d'apparence  moins importante existe. Elle est orientée transversalement d'est en ouest  et elle est connue depuis longtemps.
   Les archéologues s'imaginent qu'elle est cachée sous la Départementale 1 mais cela
ne fait pas problème : routes, chemins modernes et lisières de parcelles se sont souvent  installé   sur ou à proximité des grandes lignes de parcours.

 On peut faire remonter son origine   aux temps de l'indépendance gauloise : une ancienne piste près de laquelle nous avons trouvé un sanctuaire typique, un vierekschanze. C'est un peu maigre mais "ça ne mange pas de pain" !
   Au vu  des traces que nous avons retrouvées  il n'est pas hasardeux de penser que cet itinéraire fut repris à son compte par l'occupant romain qui lui appliqua dès  lors un ravaudage apparemment léger, mais ne dérogeant pas fondamentalement aux  techniques habituelles du Génie des Légions.

   Et  ce  cheminement  serait  ainsi  parvenu  jusqu'à nous  sous  la  forme  moderne  des  routes départementales D 711 et  D 1, qui  en  ont  rectifié  le  parcours .

 Au demeurant ce vénérable axe de circulation, transitant sur le faîte de l'interfluve entre Gartempe et Semme par Châteauponsac, était connu (en fait supputé sous les routes modernes), par l'érudition limousine.

   Ainsi, à 2,500 kilomètres à l'ouest de la Croix-du-Breuil, on connaît un dépôt d'incinérations en bordure nord d'un chemin qui a recouvert l'itinéraire antique.
 Au sud et à peu de distance du village de la Bussière-Etable on a découvert  en 1946, une tombe où un riche et important personnage avait été enterré avec ses chars d'apparat, ses outils et ses ustensiles familiers (R. Beaubérot).
 Tout près, une villa fut découverte et fouillée dans les années 1960.


    Hors des sentiers battus
     Et repartant à rebours, on peut même reconnaître, émanant de la cote 294 et passant au nord  de la Bussière-Etable avant de se perdre vers Le-Bois-du-Mont, le raccourci qui permettait sitôt passé la Gartempe quelque part au sud de Bessines, de se raccorder à cet itinéraire de l'ouest en s'évitant la peine de monter au carrefour de La-Croix-du-Breuil.

   Ce chemin, à peine carrossable actuellement, montre sur nos photos agrandies qu'il est effectivement étroitement doublé au nord puis au sud, par des fossés  anciens.
   Ce genre de raccourci est un aménagement classique  des carrefours romains.
 

Aperçu sur le vieil itinéraire

   Continuant vers l'ouest et à partir de Châteauponsac,  ainsi que le montre notre image, nous avons repéré sur ce vieil itinéraire, une station à dévotions près du village du Verger.


 
Nous trouverons une vue panoramique de ce site sur une prochaine page traitant des voies antiques au nord de Rancon, vieille bourgade gallo-romaine.

Analyse sucinte du site ci-dessous.
 
   Au nord du site, un sanctuaire gaulois de sommet (vierekschanze) * domine la voie qui apparaît ici dédoublée (flêches rouges). 
   En dessous et au centre de l'image, sans doute plus tardifs, figurent   un petit autel ou un laraire  et une construction plus vaste, également carrée, des structures auprès desquelles un jour, fut sans doute dédié aux dieux romains le culte rendu auparavant aux dieux gaulois (zone ovalaire jaune).
 

   A cette époque (heureuse ?), on trouvait facilement des parentés célestes pour établir une coexistence pacifique entre des dieux de différentes origines.
   Mais les dévotions ont dû s'arrêter là car, à ma connaissance, aucune tradition  chrétienne, pas même une "Croix de quelque chose" ne se rattache à cet endroit.


  Deux voies antiques parallèles

      Les Rieux

  A peine 1 km après  les sanctuaires,  notre itinéraire  poursuit vers l'ouest ses deux tracés différents, grossièrement parallèles. Aucun indice ne permet de les hiérarchiser et on ignorera sans doute longtemps à quelle époque et pourquoi il devint un jour nécessaire de tracer une seconde route.
  La route moderne  ( D1 ) représente le troisième et sans doute  le dernier avatar de cet itinéraire.
   Continuant  vers  l'ouest,  l'axe  fossile  le  plus  sud  pousse


un diverticule qui traversera les terres des Bosnages avant de revenir se fondre à la voie principale à Maison-Neuve. Nous  reparlerons de ces sites et des voies de cette zone d'échanges au chapitre des voies autour de Rancon.

 N B: Sur cette dernière photo on remarque partant vers le sud, une voie fossile (protohistorique ? antique ?) créée par l'usage et  qui file vers la Gartempe et le hameau d'Auzillat en suivant l'arête d'une petite dorsale topographique (à gauche de la longue flèche rouge).

Notre terminus de la voie transverse de la Croix-du-Breuil

 Ces 25 kilomètres d'histoire nous ont amené a passer près de Rancon. On présume que son nom antique était  "Roncomagus" et que l'on désignait les habitants de la contrée sous le nom d' Andecamulenses.
   Nous avons eu la chance de  retrouver leurs traces. Celles qu'ils ont laissé sur le plateau ou à mi-pente avant que naisse par la volonté du romain,  au-dessus de la Gartempe  , un petit vicus (bourg) sur une bifurcation de routes. D'autres observations aériennes et de longs parcours au sol nous ont permis d'approcher la structure antique  de  ce vicus routier et de débroussailler le lacis routier généré  - sur le dos de l'interfluve entre Gartempe et Semme- par cette bifurcation largement ouverte vers le nord et recoupée par la voie qui vient de nous occuper,  venant de la Croix-du-Breuil.
Nous y reviendrons longuement.
    Pour en finir avec une voie sur laquelle nous ne communiquerons  plus -  hors les
bretelles de liaison liées aux carrefours évoqués ci-contre - voici une longue perspective photographique vers l'est sur ce très vieil itinéraire à partir du  passage d'eau antique du Bouchaud, commune de Droux.

  N B : Ces itinéraires antiques usés par le passage durant de nombreux siècles, présentent souvent des anomalies de tracés, des raccourcis téméraires, des carrefours avec des petites voies parfois impraticables,  des diverticules avortés : quelque chose comme une voie transverse venant d'un gué sur la Semme, en aval du Moulin du Pont.  Elle attaque la montée du

Tupet  par un court passage à 40%  de pente (étoile rouge, point noir)   :  40% de pente , ce n'est plus de la marche, c'est de l'escalade !  
   Et pourtant elle semble bien se diriger
vers Puy-Martin par l'ouest des Vareilles.
  Or ce passage qui tranche l'interfluve au niveau des Vareilles est revendiqué depuis 260 ans par un archéologue qui en a fait  le passage d'une voie antique qui aurait relié Argenton-sur-Creuse à Bordeaux (par Confolens et Saintes)
: à qui se fier !
  Nous évoquons un possible sanctuaire sur la hauteur du Tupet : les archives de l'IGN consultées montrent en 1989, une trace qui irait dans le sens de notre photo.
  Depuis lors la trace a disparu . . . dans une excavation.
  On remarquait sur une autre archive une trace linéaire diffuse qui reliait ce monument, à la voie "pentue" lors de  sa sortie sur le plateau. Tout cela est peu convaincant.


  En amont du Bouchaud, un accés aménagé, visible sur notre cliché (marques jaunes
) et tout à fait pratique, avait  été prévu pour accéder à la terrasse alluviale de rive droite. Pour toutes sortes de bonnes raisons une sortie en rive gauche n'a jamais été réalisée à cet endroit.

   Les photos de l'IGN permettent d'envisager la suite de l'itinéraire passant au nord de Blanzac.