Jean régis PERRIN

Un désert archéologique (II)


Révélées par des
terrassements et des essences botaniques
liées au passage prolongé des bêtes et des hommes,
des routes qui furent bâties selon la technique romaine, évoluent  
au milieu d'un peuplement indigène.

Quelques siècles plus tard, en marge de structures disparues, un hameau s'agglomère
autour de la chapelle d'un prieuré.
L'élévation des granges témoigne d'un réemploi massif des pierres issues
de l' approvisionnement fortement disparate des vieilles chaussées romaines.

Ainsi, à l'examen du bâti, on reconnaît le voisinage de routes antiques disparues
mais on cherche toujours les gués sur la rivière.

                                               
                         










Voie romaine et caractère du bâti


    Les bâtiments du village ont été construits  et reconstruits d'un siècle à  l'autre, en utilisant les pierres tirées du sous-sol à faible profondeur (étoiles jaunes). Il s'agit essentiellement d'un mauvais schiste jaune-pâle  dont les parements ont tendance à se désagrèger sous l'effet de l'humidité.
   Ce que les vieux bâtisseurs nommaient la "cervelle" du banc et dont ils devaient souvent se contenter.

   Une variété plus compacte, toujours sous forme de plaquettes - dite pierre des Taillas, site à peine distant - issue de niveaux plus profonds  et plus difficiles à atteindre, présente une meilleure tenue et des parements plus foncés.
    En calage on remarque quelques rares plaquettes d'un schiste micassé , bleuté, (points bleus) très dur à extraire car il s'effeuille sous le marteau.     Ses affleurements autrefois visibles dans le village, sont maintenant recouverts par le bitume. 

    Nous en faisons une mention spéciale ci-dessous dans le mur de l'huilerie, car il va réapparaître en longue balafre affleurante et à la même cote d'altitude,  au travers du domaine antique de Busserolles que nous allons bientôt survoler.

    Il s'y ajoute , en mélange, une infinie variété de pierres de toute provenance, totalement étrangères au substrat local et qui ne peuvent selon nous, que provenir d'un stock séculaire constamment réemployé depuis la démolition des voies antiques. Nous avons même observé un gros nodule de bétain (minerai de fer local) en provenance possible de la sole d'une ancienne ferme gauloise du voisinage où se pratiquait une petite métallurgie.


Schistes

Cailloux, murets, pierres roulantes et pseudo-sources.


Cailloux


La botanique

Des plantes et des arbustes qui portent témoignage


Arbres témoins
1  Grand Chemin des Landes : une ancienne voie romaine.
     Une cépée de houx arborescent. Sur ces très vieux rejets, les feuilles n'ont plus
de piquants                                                                       .                                                      
2   Bezeau, haut du village : sur le passage de la voie, un grand frêne au milieu d'anciens jardins. Le frêne aime les sols frais
      et profonds.
                                    
   Une importante touffe de buis est accolée au tronc, à l'opposé de la cabane : repèreF sur la mosaïque verticale .
   Le buis, arbuste calcicole marquait et marque encore l'emplacement de constructions, petites ou grandes d'époque  
   antique. La chaux du mortier romain toujours présent dans les sols d'éboulis, contribue à entretenir un biotope favorable
   à cette plante.
      La présence repérée en rase campagne  ou ailleurs, de fortes cépées de buis trahit les ruines plus ou moins disparues, d'habitat ou de constructions gallo-romaines. Il n'est pas rare qu'une toponymie caractéristique, d'origine latine ( buxus : le buis) marque ces lieux : Bussière, Busserolles,  Buxerolles, Labussière, Le Bois . . .

3  
Grand Chemin des Landes : touffe de fragon - une entre mille autres.

      Et il serait peut-être fastidieux d'aller plus loin mais on peut tout de même dire encore que :

                                                     -  le genêt aime les sols secs et acides, la rocaille et le soleil. Au printemps, sa floraison jaune
     d'or, visible de loin,  vous indiquera les passages du chemin antique : le Masbourdier (Verneuil/Vienne), le Queyroix
     (St-Priest-sous-Aixe), Bois des Vaseix en élément pionnier avec la ronce, après dégagement des chablis de 1999 . . .

                                                     -  la ronce et l'ortie  suivent l'homme à la trace depuis la nuit des temps : touffes
      envahissantes aux abords des gués, Vincou, ou en rase campagne,  prairie de la Maillartre (Verneuil) . . .

                                                     - le coudrier (noisetier) en cépées,  aime l'humus et les sols frais . Il balise souvent les
      fossés des anciennes voies : le Boschaudérier . . .
                                                     - le saule  colonise toutes les arrivées d'eau : Boulevard du Mas-Bouyol . . .

                                                   - le noyer pas plus que le buis ne sont endémiques en Limousin. Ils colonisent cependant les emplacements où se sont élevées un jour des édifices romains ou autres: l'imprégnation des terres par les restes de mortier va dans le sens de ses affinités calcicoles (vicus de Chassenon, terres riveraines du Chemin-Ferré aux Richards, terres de Grandvaud, de la Trémouille etc . . .)
                                                   
                                                - l'érable champêtre
qui
dans certains cas,  marque   le  passage  des  anciennes  voies : il  ne semble pas être partout à son aise.

  Une remarque  au sujet du fragon : il marque également de sa  forte empreinte les zones d'attente, les terrasses élevées au-dessus des gués, caravansérails où voyageurs et rouliers attendaient la fin des crues qui  rendaient les gués impraticables.  
  C'est un jalon très sûr que nous rencontrons tout au long des très anciens itinéraires.

             Mais, chose curieuse, si nous ne sommes pas étonné de trouver de telles plates-formes au-dessus de gués comme Verthamont en aval de Limoges sur la Vienne par exemple ou ailleurs, autant nous sommes surpris d'en observer au-dessus des ponts réputés antiques ou d'origine antique tels que le Pont-des-Piles (La Gabie) sur la Vienne à Verneuil ou à Rancon sur la Gartempe.

       Plutôt que  des ponts à arches, il aurait peut-être pu s'agir à l'origine, de simples piles de maçonnerie massive - qui seraient venues jusqu'à nous comme bases de ponts plus tardifs -  des piles supportant des tabliers
rustiques en bois , établis au ras de l'eau, et donc sensibles eux aussi, aux crues d'un certain niveau.

   Mais le fragon a aussi ses terres  : ne soyez pas surpris par sa rareté entre Glane et Gartempe sur le méridien de Rancon.
                        Les "commodités" :
                une remarque . . . a posteriori .

   J'allais oublier le sureau !   Au hasard des campagnes autrefois, le sureau colonisait les abords des rigoles qui emmenaient dans les prés le lisier des porcheries.
  Dans les villages,
frères omnivores . . . des cépées de sureau couvraient  - et couvrent encore - d'une ombre légère certains édicules au fond des jardins. Bien que leur fréquentation soit largement tombée en désuétude, la présence luxuriante du végétal persiste et signe toujours la vocation passée du lieu !

   On s'étonne quand même de trouver cet arbuste en rase campagne, en certains points bien précis,  aux abords du passage de voies antiques par exemple. Comment une imprégnation  organique aussi ancienne peut-elle encore se manifester ?
  Plus près de nous sans doute, sur la rivière Vienne, une montée de voie  émanant d'un gué disparu et sans aucun doute d'origine antique, a vu son usage se poursuivre très longtemps.  En effet, il y eut, tardivement un donjon sur la crête : des aménagements se lisent encore sous la mousse et les ronces. Un filet d'eau dévale encore la pente en rive d'un reste de chemin.
Des rejets de sureau abondants se maintiennent tout au long du parcours mais la pénombre dense des grands arbres les réduit localement  à la taille de 30 à 50 cm.

Sureau