Jean Régis PERRIN

Habitats gaulois et gallo-romains,
sanctuaires
et emprises agricoles.

Clins d'oeil de l'Age du Bronze au Moyen-Age.

Voici l'oeuvre des gaulois du dernier Age du Fer :
leurs maisons élevées en matériaux périssables,
étaient entourées de levées de terre et protégées par des fossés.

Devenus gallo-romains, leurs habitudes  perdurèrent après  la conquête.
  
La classe aisée, très aisée, les remplaça de place en place, par des villas "à la romaine".


      Oppidum, villa, motte, enclos, cabane,
sanctuaire, métallurgie, voies, pistes, modes agraires . . .




                                               





La "villa romaine" : les premières constructions 

      en dur en Limousin


  
La présence d'une ruine de bâtiment  ancien,  était connue de vieille date sur cette parcelle de terre : elle n'avait pas échappé aux laboureurs d'autrefois qui accrochaient et ramenaient en surface des blocs de pierre, du mortier et des fragments d'enduit. On parlait alors de "la chapelle de Lespinasse".

  A droite, sur le cliché de fond, une petite villa romaine. Un  début d'année  sec avait sévi pendant quelques mois les souches de murs enfouies sous les labours asséchant la terre, avaient retardé la levée d'un semis.

   L'image agrandie montre en plan, une large  cour entourée de bâtiments sur 3 faces. Elle s'ouvre  au  sud-est  selon une  orientation  recherchée par  les  romains et privilégiée dans leurs habitats.


  Du côté opposé, la villa s'adosse à un vaste parc dont nous avons esquissé l'emprise par des indications en rouge sur l'image de fond. 
 Cette villa isolée mise à part, on  sait peu de choses de l'histoire antique du petit bourg tout proche. 
 Cependant, une découverte de  monnaies mérovingiennes frappées carovicus, le fera entrer dans l'histoire.
  Et bien plus tard il deviendra Château-Chervix.
            

La motte castrale du seigneur : le Moyen-Age de l'an mil

    Par rapport à nos gaulois, nous avons fait ci-dessous et par exception, un bond  de mille ans en avant. Nous nous retrouvons  dans une période qui flotte autour de l'an mil.
   On ne pouvait décemment pas ignorer ce site et le nommer : "L'Embergement".
   Voici une  trace inédite, des plus anciennes que nous connaissions, des débuts du régime féodal.
Motte castrale 1
   Il s'agit de la trace d'un large fossé circulaire maintenant comblé et au pourtour arasé. Un potentat local s'était fait construire une tour en bois sur un remblai de terre venue du fossé qu'il avait fait creuser  en guise de protection et de défense.  Un arc interne moins marqué, devait être une  basse-cour  où pouvaient venir se réfugier les manants du voisinage en cas d'insécurité. A l'avant, une trace plus foncée pourrait marquer l'emplacement d'une entrée à pont.

   Le site se trouve actuellement dans une vaste zone agricole entre deux  forêts.
   Le nom vient du latin albergamentum, le lieu où l'on attire des hôtes. 
  On peut imaginer un seigneur ayant attiré des travailleurs dans le voisinage de sa tour, pour leur faire défricher la forêt en échange de sa protection, d'une cabane ... d'un lopin de terre ? 
  Pour une meilleure efficacité défensive le fossé devait être rempli d'eau bien qu'on  ne discerne pas de trace de ruisseau ni de source permettant de l'alimenter.

Motte castrale 2
 Cependant le plan du géomètre de l'ancien cadastre (1826) témoigne en faveur d'un  fossé encore inondable il n'y a pas deux siècles. Commune de Bussière-Poitevine.

          Une image rare : un enclos, des poteaux, des cabanes .   




  Un enclos fossoyé gaulois et . . .
plus ancien encore, un rond à fossés interrompus.

  

   
    A l'extrème nord du département de la Haute-Vienne, une repousse d'herbe sur un chaume, nous montre à quelques jours d'intervalle, deux images d'un grand enclos "trapézoïdo-para-curviligne" de tradition gauloise: ce type de structure est connu en Angleterre et en  Bretagne. Nous avons pour notre part,  repéré un enclos semblable  sur la voie antique précoce encore inédite, jalonnée par Limoges, St Gence, Rancon et Magnac Laval. Nous en reparlerons.
    Remarquons toutefois que les enclos de forme rectangulaire ou carrée sont les plus fréquemment observés.

    Sur la photo très contrastée au bas de notre  panneau, on observera à droite, dans l'angle inférieur  de l'enclos principal, un sas d'entrée  puis, toujours à l'intérieur, quatre voire cinq taches qui pourraient fossiliser  d'anciens trous de très forts poteaux. L'idée qu'ils aient pu supporter une structure d'habitat apparaît  peu plausible.
   On observera  que le comblement des fossés par des rebuts domestiques ( voir ci-dessous ) puis par la nature au cours du temps, a créé un milieu perméable qui conduit l'eau à fond de fouille jusqu'au débordement sur l'angle bas de la structure, suivant la pente de la parcelle (bavure verte).
    Sur cette parcelle de terre, on notera encore, à gauche, un autre enclos rectangulaire aux fossés larges et peu marqués. Il serait surmonté par une petite dépression topographique qui a accumulé la colluvion du versant et qui retient l'humidité (voir la hauteur de la haie).

   Enfin, à l'extrème droite de la parcelle, on observe un grand rond marqué par de larges fossés interrompus autour d'une possible tache centrale. Nous tentons de préciser cette forme par  une légère surimpression rouge sur le cliché de base. De l'avis des spécialistes, ces structures énigmatiques remonteraient aux premiers âges des métaux voire au dernier âge de pierre sans que l'on ait découvert semble-t-il, leur destination précise.
 

Système défensif des petits retranchements : habitats, sanctuaires . . .

   Un dernier cliché pris cinq ou six ans plus tard révèle la trace (cliché en surimpression circulaire sur le panneau ci-dessus) de l'arasement et de l'épandage d'une levée de terre intérieure à l'enclos trapézoïdal. Edifiée avec le déblai profond  du fossé, la trace claire montre que l'arasement du monticule résiduel et la mise en culture ne remontent pas à très longtemps :  l'humus de surface n'a pas eu le temps de se reconstituer. En effet, l'horizon humique de nos terres agricoles est essentiellement de nature forestière. En regard de son origine extrèmement lointaine aux premiers temps du quaternaire, les deux mille ans d'âge de nos enclos apparaissent comme une seconde d'éternité.
       
                                      Autres exemples          




Ci-contre à gauche et dans la même commune du nord de la Haute-Vienne, un petit enclos carré,  montre également des traces d'arasement de sa levée de terre intérieure.
   Ce nivellement ultime est intervenu il y a 20 ans environ : il  devait  permettre selon ses dires, au jeune agriculteur qui avait repris le domaine, de cultiver la pièce de terre d'un seul tenant.

Palissades et enclos


Les sanctuaires gaulois : des enclos dédiés à un rituel complexe  . . .

  
  L'image oblique de fond (à droite) montre dans son espace central (que nous avons désaturé en noir et blanc pour une meilleure lecture) des remontées d'eau qui trahissent la présence de fossés et d'excavations comblés (lignes et taches noires).


    L'image surimposée prise dans une autre circonstance, sous un angle proche de la verticale, rend à l'enclos sa forme véritable : un carré aux angles adoucis qui appelle une interprétation en faveur d'un sanctuaire archaïque gaulois : "vierekschanze" ou "sanctuaire de type belge" selon la terminologie des spécialistes.

     Mais sur ce nouveau cliché les traces linéaires périphériques, ont subi une inversion de valeur. Le potentiel hydrique de ces comblements s'est non seulement épuisé mais de par sa nature, le remplissage accentue maintenant de surcroît l'effet de la sécheresse ambiante. D'où le jaunissement de la strate herbacée. Il faut tenir compte de ces avatars climatiques dans l'interprétation des photos aériennes (voir ci-dessous le chapitre du comblement des fossés d'enclos).
Sanctuaire

   Forme carrée, angles adoucis en "carte à jouer", des caractères qui s'ajoutent aux autres traces figurant sur l'un et l'autre de ces clichés, tant à l'intérieur de l'enclos qu'à l'extérieur. . . .  notre interprétation ne va pas fondamentalement à l'encontre des constats des spécialistes français de ces structures rituelles à offrande et à sacrifices .
    Dans tous les cas de figure, une approche de la vérité historique ne peut provenir que de la fouille : au préalable, de grands décapages de surface sont nécessaires pour accéder au niveau d'abandon des structures.

     Si sanctuaire il y a, précisons  que ces enceintes rituelles et leurs fossés étaient le réceptacle d'objets  : armes, parures, objets domestiques, sacrifiés dans le but d'obtenir une faveur divine. Dans la même idée on y trouve également des ossements de gros et petit bétail . . . et des restes humains qui posent d'autres problèmes.

Sanctuaire à double enceinte
  Mais, pour en venir à l'image de structures peut-être plus typées voici à gauche, dans le cadre  rouge  et  révélé sur  un  tiers de sa  surface environ par   une   prairie    brûlée    par   la        sécheresse estivale,  une autre   trace   que les spécialistes attribuent avec quelque certitude à des sanctuaires à double enceinte toujours dans  la  tradition gauloise.
   Nous en connaissons un autre exemple, également tronqué, au nord d'Oradour-sur-Glane.
    En essayant de rester simple face à des   sites de pratiques rituelles  mal  connues,  évoquons  ce que  l'on sait    du  sanctuaire de Gournay-sur-Aronde (Oise) qui, contrairement à notre découverte isolée, faisait partie d'un important complexe. 
Fanum
  A Gournay, les deux  fossés  étaient   séparés   par  une  palissade. Le fossé interne, le plus important, était cuvelé par des douelles de bois et avait reçu  les dépôts votifs variés évoqués ci-dessus. Sans préjudice d'ossements humains sans tête, déposés en pyramide, sous abri, quelque part sur l'étendue de l'enceinte. 
  Sur ces lieux même mais parfois ailleurs, plus tard, lorsque se fut instaurée "la paix romaine" et la fusion syncrétique des dieux des deux communautés, le fanum gallo-romain reçut les dévotions plus sereines des populations. Les vieux sanctuaires gaulois avaient déjà été fermés  et se firent progressivement oublier.
   Dans le même temps  se sabordèrent les druides.

 
         Le comblement des fossés d'habitat
 
  Nous empruntons aux chercheurs bretons de l'Université de Rennes (on n'emprunte qu'aux riches !) le relevé de la coupe d'un fossé (repère rouge sur le plan cadastral de fond) d'un enclos d'habitat très semblable au nôtre, évoqué plus haut et que nous rappelons en surimpression. On remarque  des  couches successives de rebuts  qui ont été déversés dans le fossé au cours des 2 siècles de son occupation.  

  Ce remplissage  a été entrecoupé et finalement complété après abandon des structures, par les éléments naturels (argile, sables et limons. . .) amenés par le  ruissellement, en alternance avec l'humus apporté par les litières annuelles des plantes sauvages.

  Ces derniers  éléments ont donc assuré une grande part du comblement  qui a pu être parachevé jusqu'au nivellement total, par les pratiques agricoles.

   Ce remplissage a créé un milieu fractionné, perméable et suffisamment aéré pour former un excellent réceptacle et réservoir d'eau de pluie qui fait la différence durant les courtes périodes de sécheresse estivale avec la faible capacité de rétention d'eau des sols environnants à dominante argileuse, phénomène encore aggravé par la faible capacité de restitution des argiles.
    En cas de sécheresse persistance cependant les remontées d'eau au droit des petits fossés peuvent cesser assez vite, la perméabilité des milieux jouant dans les deux sens (nous l'avons évoqué plus haut). Mais heureusement, on arrive à lire assez longtemps en arrière-saison, les restes des effets de luxuriance dans les prairies et les cultures.
   

   Signalons enfin la part importante d'un humus d'origine végétale et animale dans ces matériaux de comblement , de colmatage ou ayant reçu une imprégnation : bas-côtés des voies antiques en particulier. Cela suffit-il a expliquer la présence constante de quelques specimens marquants  d'une flore fortement nitrophile sur des vestiges protohistoriques ou antiques abandonnés depuis près de deux millénaires ?

   Nous parlerons plus loin du sureau.
Comblement des fossés défensifs Sites gaulois de Bretagne


                                                  Une expérience personnelle  
                   
Minerai et scories

   J'ai eu la chance d'observer  la coupe de tels fossés lors d'une opération de drainage sur les parcelles de l'une de mes découvertes : la grande  ferme gauloise de La Chatrusse (Commune de Veyrac 87). Le remplissage était constitué essentiellement de couches de cendres mêlées de charbons et de déchets culinaires : poteries brisées, pierres de foyer calcinées, ossements de petits animaux (volailles, ovins ...).
  J'ai été interloqué par la présence constante d'une énorme quantité  d'amphores vinaires généralement   brisées (type Dressel I A) essentiellement, d'origine italique.  Mais on  sait  par  

Amphore Dressel I A
les  chroniqueurs antiques qu'un riche gaulois était capable de donner un de ses esclaves pour une amphore de vin italien. 
  D'autres pierres fortement calcinées et rubéfiées étaient mêlées à du laitier 
durci en loupe plan-convexe au cul des bas-fourneaux, témoignage d'une activité métallurgique artisanale très liée on s'en doute, aux activités agricoles.

   L'Age du Fer
 
   Le bétain montré ci-dessus, à gauche, à titre d'exemple, a été récupéré lors du curage  de fossés de drainage, dans les terres fortement hydromorphes des sources de la Franche-Doire et du ruisseau de Champagnac, en lisière de la Forêt des Coutumes ( niches du sidérolithique possibles). C'est un minerai de fer connu à n'en pas douter dès la protohistoire et qui se présente comme un conglomérat, un poudingue constitué de petits cailloux de quartz scellés dans une matrice ferrugineuse couleur lie-de-vin. (Communes de St-Bonnet-de-Bellac et de Bussière-Poitevine). La forêt fournissait ainsi et le charbon et le minerai.

                            Une énigme persistante . . .


    Toujours dans la partie nord du département de la Haute-Vienne . . .   Commune de Bussière-Poitevine.
   Sur le cliché de gauche, une large trace  discordante apparaît sur une culture.La composition physico-chimique du sol a été altérée: cela se traduit localement par  une coloration différente du sol arable et  par une aridité qui, ici, annihile le regain herbacé sur les chaumes. L'origine humaine du phénomène est évidente, sa très grande  ancienneté est probable.
  Ces zones  apparaissent ainsi dans des cultures sans que l'on puisse risquer une explication plausible : la photo de gauche est prolongée par la photo de droite (astérisque sur la partie commune) qui porte les mêmes stigmates bien que moins nettement dessinés (flèches rouges). Les clichés ont été pris à 10 ans d'intervalle.
  J'ai retrouvé de semblables discordances sur les sites gaulois de Rancon.

   Toujours à droite, sur la grande parcelle qui sépare les deux fermes, un parcellaire fossile typique apparaît. Il ne figure pas au cadastre actuel pas plus qu'au vieux cadastre napoléonien (1826). D'autres indices plus complexes défient encore l'interprétation.
   Toujours à droite, en bas du cliché, une tache sombre est entourée d'un petit fossé circulaire. A dix kilomètres de là au sud, nous allons trouver un indice exactement semblable. Trop petits pour être des enclos d'habitat, on pencherait alors pour des sépultures, le dépôt funéraire d'incinération  d'un personnage  important (voir  ci-dessous).

                       

                                                                                        La revanche des gauchers
Enclos carré


Latus apertum
                                                                                                  
   Cliché de droite, ci-dessus. Un  enclos rectangulaire comme il en existe certainement des centaines : le bouquet d'arbres pourrait bien marquer l'emplacement de l'habitat. Ce qui fait la rareté de cette image, c'est l'entrée en couloir externe. Conformément à la tradition gauloise, l'assaillant qui est censé attaquer le retranchement en essayant de forcer l'entrée, présenterait dans ce cas son flanc droit non protégé - le côté du bras tenant l'épée - au coups des défenseurs. La tactique est connue des archéologues de terrain, c'est le "latus apertum", l'exposition forcée du côté ouvert.
   Voyez également des structures similaires : à couloir ou dispositif interne en première page, sur l'oppidum de Villejoubert et en page 2 ci-dessus, le sas d'entrée de notre enclos trapézoïdal curviligne.


 STRUCTURES  ET FORMES DANS L'ESPACE RURAL GAULOIS
 ET GALLO-ROMAIN

Habitats, parcellaires agricoles, "grandes circulations",chantiers
et emprises routières . . .

Sous le signe de Bélénos : Belnesse
Cne de St Bonnet-de-Bellac

   La toponymie a un sens en archéologie -  mais n'exagérons rien, c'est souvent et simplement "la cerise sur le gâteau" - et le territoire de premier plan de la photo ci-contre est placé sous l'invocation quasi littérale de l'Appolon gaulois, le dieu Bélénos. Mais je n'ai pas trouvé trace d'un sanctuaire qui justifierait l'appellation.
   Par contre et en s'appuyant sur un certain nombre de photos du même site, chacune peu explicite mais finalement complémentaires, on peut reconnaître une voie de circulation de tradition gauloise qui parcourerait en diagonale les deux parcelles de premier plan, à gauche. Elle apparaît bordée de petits champs de culture. Par recoupement avec d'autres sites on peut avancer avec les réserves d'usage, que cette forme "d'hortillonnage" était bien une spécialité gauloise - non exclusive cependant -  de faire-valoir agricole.

Parcellaire et incinération
   D'autres voies sont perceptibles dans le large environnement du site mais elles n'apportent pas d'éclairage nouveau .   
   On notera également le petit enclos paracirculaire, au sommet de la rupture de pente qui domine le ruisseau : enclos funéraire possible du même type que celui que nous venons d'observer. On remarquera également l'effet des remontées d'eau profonde entre les plans de clivage des schistes et un ou deux  points  de fracture qui les recoupent.



                                       Incursion sur un versant de la Briance


  Nous venons de faire cette incursion au sud de Limoges. pour montrer une autre façon de gérer l'espace agricole. Il nous apparaît difficile de penser que ces petits espaces cultivés pouvaient suffir à nourrir tant les populations résidant dans l'enclos que celles vivant alentour, en espace libre. Il devait bien y avoir, moins structurés et plus diffus, des champs ouverts.


Près d'une ferme gallo-romaine : la culture en petits jardins,
les "hortus"

    Si on tente d'évoquer une chronologie, on peut penser que sous l'influence romaine, les cadastres horticoles que nous venons d'évoquer plus haut, ont dû évoluer vers une forme plus structurée de petites parcelles plus ou moins calibrées mais séparées par des sentiers étroits raccordés perpendiculairement à une allée centrale.

    Nous vous en présentons ci-contre un exemple recueilli en terre marchoise mais il en existe ailleurs.
   Ici encore, toutes proches et simplement séparées de la précédente par un lambeau de voie romaine qui s'inscrit en corde de la route actuelle, deux autres  parcelles montrent par des signes induits pour l'une et très géométriques pour l'autre, qu'elles ont pu être le siège d'un semblable aménagement aux temps antiques.

    La ferme ou la villa gallo-romaine (bâtie en matériaux périssables) se trouvait sur une esplanade aménagée par delà la haie transversale que l'on discerne à moitié, en haut du cliché, à gauche : un aménagement impossible à percevoir en avion et pas facile non plus à mettre en évidence au sol.


   Par contre - puce à l'oreille -  la parcelle de droite sur le cliché, qui s'inscrit  en angle rentrant dans le  microparcellaire,  montre au  sol ( en haut, à droite) , qu'elle se situe à plus de 4 mètres en dessous des terres environnantes, un dénivelé qui va s'amenuisant vers le bas du cliché et  se termine de  plain-pied au niveau de la route (ancienne voie romaine déjà évoquée).
   Devinez à quoi cette énorme masse de terre a bien pu servir ?



                Une énigme non résolue.



   L'image principale représente un terroir agricole au nord de la commune de Magnac-Laval : dans sa plus grande dimension il mesure 1500 mètres. On en trouverait facilement quelques dizaines d'autres dans la large  partie bas-marchoise du département de la Haute-Vienne; sans compter ceux détruits par des remembrements de toutes les époques
.
   Nous avions pensé dans un premier temps, qu'il pouvait s'agir d'un domaine agricole antique dont la forme se serait transmise jusqu'à nous. D'autant qu'il existait une similitude dans le nom des lieux - "les Grandes Règes" -  avec un autre terroir  observé sur la commune d'Oradour-St-Genest relativement proche, terroir remarquable par ses  fossoyages "inorganisés" qui s'étalent sur une vaste surface, ses points d'eau, ses mares et ses routes matérialisées de pure tradition gauloise.
   A défaut on aurait pu invoquer un possible grand défrichage de reconquête agricole aux lendemains de l'an mil.

   Or la carte de Cassini qui représente l'état des lieux dans les années 1760 , montre une forêt dense de forme similaire et de 1500 mètres également, d'est en ouest : il s'agit bien du même endroit. L'origine du phénomène n'apparaît donc pas évidente.

   Et si nous nous sommes  laissés aller à évoquer une possible origine gauloise, c'est qu'il nous est fréquemment apparu que les fermes gauloises ou les villa gallo-romaines se repéraient ainsi, au milieu de leurs terres agricoles groupées en blocs de forme ovoïde.
 
 Le mythe du trait de charrue poursuivi sans interruption du lever au coucher du soleil pour se tailler un domaine, occupe toujours une grande place dans l'imaginaire de tous les temps et de tous les pays.

   Plus loin cependant et avec un peu plus de certitudes je vous montrerai des espaces de cultures ovoïdes peut-être moins vastes, mais sans aucun doute  d'origine antique.



DANS UN CONTEXTE GAULOIS TYPIQUE,
LA STRUCTURE ARCHAÏQUE D'UN ENCLOS A ANTENNES
PRES D'UN POINT D'EAU (source)
                                    

    Sur  un  vaste  plateau parcouru par de  petits  ruisseaux, à  proximité de  grands  bois, sur  des  terres de  landes, j'ai été attiré un jour par la trace éphémère d' une structure archaïque : sur une dizaine de passages aériens, seuls trois ou quatre m'ont apporté des vues intelligibles et complémentaires du site. Commune de St Bonnet-de-Bellac.


   Les surimpressions rouges que nous donnons à l'appui de nos images les plus significatives , ne sont là que pour attirer l'attention sur les détails  les plus typés : cheminements cantonnés de fossés ou cheminements simplement créés et  marqués par un long usage (piétinement), enclos rectangulaires (habitat probable), structures quadrangulaires délimités par de larges fossés et apparemment imbriquées.



   Quand à la structure comportant deux enclos (accolés sur leur longueur) et pourvue de ramifications  sur ses quatre angles externes - les "antennes" -  nous pourrions y voir ( version "capillotractée" et avec toutes les réserves d'usage !) des stabulations, des corrals vers lesquels des bêtes  en libre pâture,  auraient ainsi pu être guidées par des palissades et mises en sécurité en tant que de besoin. Mais il resterait à expliquer comment de simples palissades auraient pu laisser de telles traces.
   A ce jour, ces images illustrent  néanmoins un cas unique en Limousin mais des structures du même type ou ressemblantes ont été photographiées en Picardie.



   D'une image à l'autre, au fil des saisons, en raison de l'évolution  de la végétation et de circonstances météorologiques différentes, des indices peuvent être privilégiés par rapport à d'autres et de ce fait, les traits de l'interprétation peuvent flotter légèrement autour des mêmes  figures.

C'est le lot incontournable de la photo-interprétation qui n'est pas parole d'évangile mais simple incitation à aller au-delà des idées reçues.