Jean Régis PERRIN   
Agustoritum : les voies de la conquête.


Routes antiques par le Pont-St-Martial :
la configuration troublante d'une sortie de pont antique,
pour le passage de deux voies majeures méconnues,
de la cité des Lémovices.

    






Un constat objectif pour une solution plausible

  Sur la photo n° 4 enfin mais surtout sur la photo n° 2, une longue limite de propriété biaise et fortement boisée, s'étend depuis la base du viaduc SNCF en rive gauche jusqu'à venir buter sur le  promontoire  du Castel-Marie, ancienne propriété Mapataud. Deux images plus bas, ci-dessous, un plan rapproché Google montre qu'il s'agit d'un ancien chemin de 6 mètres de large environ désaffecté en tant que tel et dont l'entrée sur le sentier piétonnier de rive gauche est condamnée.
  Ce dernier chemin étant d'ailleurs curieusement parallèle à la ligne remarquée par Couraud et évoquée au paragraphe précédent
  Il faut reconnaître que l'emplacement du viaduc était à tous points de vue, le meilleur endroit où créer un gué. En rive droite et à cet endroit précis, selon le canevas LOUSTAUD - soit sous la culée du viaduc - une rue antique de la ville coloniale aboutissait  au-dessus des aplombs rocheux de la rive. Il semble bien par contre que lors des fouilles, elle ait jugée en cul-de-sac.

   On voit que ce vieux chemin venait s'aboucher à la Font-Péchiade sur le carrefour des routes de Solignac et de Nexon situé anciennement à peine plus haut qu'actuellement.
  
 
Pourrait-il s'agir du vieux chemin issu de la tradition savante de la Roche-au-Got évoquée plus haut ?
 
Un vieux chemin protohistorique dont à dire vrai tout le monde parle mais que personne n'a encore jamais vu les restes (photos ci-dessous).
   Mais il faut savoir que ce chemin ne figure pas au cadastre de 1812 . . ?

    Ne s'agirait-il pas tout simplement d'un chemin de chantier lié à la construction du viaduc de chemin de fer ?     Donc postérieur à 1812 !

   Et pour ce besoin précis . . . serait-il possible que vers le milieu du XIXème siècle, un ingénieur des chemins de fer par son art du terrain, ait retrouvé, sorti du néant et finalement réutilisé après  20 siècles de désuétude, l'assise solide d'un vieux chemin sortant d'un très vieux gué ?







       Route des érudits et propositions nouvelles

  Si l'on veut comprendre l'enjeu de cette recherche de voie antique, il est bon de savoir apprécier la pertinence ou la non-pertinence, d'un départ de voie à partir  du Pont Saint-Martial  par la rue de la Roche.
  
  Suivons l'itinéraire jaune ci-dessous. Inutile de monter la rue Edison qui fait suite à la rue de la Roche par delà l'avenue Pompidou, elle ne vous apprendra rien. Prenons directement la montée par la rue de Douai à partir du rond-point (cercle jaune), traversons le site de Romanet et pénétrons par la rue de Tourcoing sur "l'oppidum" de Chez-Rouchaud.
   Tant aujourd'hui qu'il y a 2000 ans, quand on a pénétré sur la plateforme de Chez-Rouchaud, on ne s'en échappe plus. Sauf à revenir sur ses pas ou bien à prendre vers l'Est le passage marqué aujourd'hui par la rue J-B-Say ce qui n'est pas notre propos.


   Pour aller vers Périgueux - comme le veut la tradition - le mieux serait de ne pas aller jusqu'au cul-de-sac que nous venons d'évoquer.
  Car, à l'entrée du réduit, une rue existait autrefois qui permettait de l'éviter - une rue qui fut remplacée par un épi de voie ferréedesservant les anciens Entrepôts de l'Armée de l'Air. Mais quelle que soit la période antique envisagée, nous savons qu'une solution aussi "chantournée" vers le passage de la Croix-du-Crible, n'a aucune chance d'être d'origine antique.


   
Exit donc le "haut-plateau" de Chez-Rouchaud, sauf à y chercher des gaulois !




 Sur la photo n° 2, (pointes rouges, en haut de cette page), puis sur la vignette ci-dessous (deux pointes de flèches rouges affrontées), nous  indiquons une limite de propriété  qui borde en oblique le bas de jardins en lanières . . . Un reste de fossé peut-être, comme un trait d'union entre la sortie du Pont-St-Martial et la Font-Péchiade  (agrandissement plus loin, repère 3).

   La photo ci-dessus de l'IGN, un peu moins ancienne que la nôtre (N° 2), reproduit le même détail et présente l'avantage d'une plus vaste couverture qui permet de visualiser l'ensemble du problème et la solution proposée.

 Mais je sus que mon intuition pouvait être  bonne dès le premier contrôle au sol, à la vue d'un énorme bloc de maçonnerie d'époque indéterminée mais probablement édifié lors des travaux de création de l'avenue G. Pompidou dans les années 1970.

 Il fut un jour construit à l'endroit précis où je pouvais l'attendre si s'avérait vraie mon idée d'une voie romaine désaffectée dont les vestiges auraient  servi d'appui dans le passé, à une ligne de partage de propriété.


  Ce mur avait  permis la remise à niveau des terres et des jardins de cette terrasse dans laquelle avait été décaissée jadis le passage d'une énorme route qui montait dans la pente (cadre rouge ci-contre et image du panneau ci-dessous).




   Dès lors tout devenait simple et l'image ci-dessous se satisfera de ces quelques commentaires :

1 - Place Paul-Parbelle : à gauche, à la sortie du pont, sur des soubassements antiques hypothétiques mais plausibles et par un souci urbanistique plus récent, l'alignement ouvert des façades matérialise les restes compacts d'une chaussée. Même remarque pour l'autre côté de la place et mêmes hypothèses : alignement courbe.

2 - Mur de souténement des remblais de terre.
       Attention : depuis le temps de nos prospections le mur de comblement de cette tranchée routière
        disparaît peu à peu sous le lierre et la mousse.


3 - Calage de la limite de propriété sur un artefact de la voie antique : fossé, ligne des margines, chaussée ? (Plus de précision pourrait relever d'un travail de sondage et de topographie) 

4 - Chemin désaffecté - mais toujours limite de propriété - du viaduc à la Font-Péchiade.
      Le vieux cadastre dit "Font-Pessiade". Couraud écrit Font-Péchiade. 

    Nous n'épiloguerons pas sur l'origine antique de la tranchée de la Croix-du-Crible qui coupe l'énorme promontoire et crée un passage utilisé depuis 2000 ans : photo IGN  ci-dessus et cliché au sol.

                  Avenue Pompidou                                          

Une voie précoce de Vesunna / Périgueux

par le Pont-Saint-Martial

  La photo oblique de GOOGLE ci-dessous réunit les 4 itinéraires majeurs qui transiteront par le Pont Saint-Martial au cours de l'Antiquité précoce et classique et jusqu'au Haut-Moyen-Age.
   Les itinéraires représentés en rouge, tracés à grands frais dès le début de la présence romaine, se jouant intelligemment du relief mais tôt disparus en raison même de leur démesure comme nous le savons maintenant,  n'ont guère laissé dans le paysage que les points forts de leur passage.


       Le pont oublié

    Il faut évoquer ici les restes d'un pont sur la Valoine situé 100 mètres en aval du pont actuel , jamais signalé et donc inconnu dans la littérature locale. 
  Deux piles de rive supportaient sans doute un fort tablier de poutres recouvert d'un galetage. Vingt crues centennales ont eu raison des appareillages de pierres maintenant dispersés sur plus de 100 mètres dans le lit de la rivière. Sans compter les prélèvements pour toutes sortes d'usages.

Pont dela Valoine
  L'emplacement de cet ouvrage qui restitue la ligne tendue chère aux ingénieurs romains, illustre l'une des innombrables remarques qui fondent la véracité d'un parcours antique.

 
     Des limites des paroisses guidées par les voies tardives

     Dans les documents qui suivent, les voies de l'antiquité tardive voire du Haut-Moyen-Age sont notées en jaune. Leur tracé a probablement été déjà proposé par l'érudition   et répertorié . Dans cette expectative, nous les restituons comme une première approche, par les documents photographiques de l'internet éclairés par quelques vieilles photos personnelles qui apportent  confirmation s'il en était besoin.
     Nous savons par contre que la voie de Pont-Rompu a été étudiée avec un succès certain par Raymond COURAUD dans les années 1960. Et même si nous avons entrevu ça et là, matière à revoir quelques détails et à proposer quelques rajouts (de carrefour en particulier), nous nous garderons bien d'y donner suite tant il est  facile sur une simple impression de visite rapide, de trahir plutôt que d'améliorer.


     Ces voies tardives dont l'usage s'est longtemps poursuivi et qui ont pu guider ensuite le tracé de nos routes modernes, ont donc également pu servir ça et là  de repère pour le tracé des limites de paroisses - création du Vème siècle au plus tôt pour ce que j'en sais. Et celles-ci ont été largement reprises à la révolution, par nos frontières de communes.

  On s'en convainquera en  suivant plein sud, ( carte IGN au 1/25000ème n° 2031 Est Limoges ) la voie tardive de Pont-Rompu sur la Briance par :
    - le pont sur la Valoine,
    - la face ouest du lotissement de Fontgeaudrant,
    - la lisière ouest du Pré-St-Yrieix,
    - le passage de la voie ferrée de Toulouse,
    - et finalement, toujours plein sud, Pont-Rompu sur la Briance.

   Un itinéraire constamment sous-tendu (sauf menus incidents) par des limites communales, originellement paroissiales.
   Il en est de même de la très ancienne route de Solignac qui se sépare de la précédente  au sud-ouest du lotissement de Fontgeaudrant, pour aller à travers champs, rejoindre la petite route de Fontanille dont elle s'échappera à la cote 341, peu avant Puy-Méry, pour aller par les Ricardies, pénétrer dans l'agglomération moderne de Solignac à l'endroit précis d'une passerelle par-dessus la voie du chemin de fer de Toulouse.
    La traversée de Solignac par cette voie de l'antiquité tardive, a orienté de façon durable le parcellaire des jardins et des habitations de cette partie nord du petit bourg. Notre photo aérienne restitue la suite du trajet antique sur quelques kilomètres encore, en direction de Boissac.

     Il en est de même de la voie  par Le Vigen mais elle n'a guère fixé qu'une courte  limite de paroisse/commune vers Leycuras. Puis suivant la route  de St Yrieix (D 704) et passé La Gratade,  la vieille voie a à nouveau, fixé une limite administrative dans sa  descente vers Sainte-Marie. Après un gué sur la Briance en aval du pont actuel, la remontée vers Chabiran et Mont (où elle rejoint la voie venant de Solignac) sera encore accompagnée sur un petit kilomètre par une ligne de partage administratif.

      Par opposition, le réseau des énormes voies romaines précoces, "les voies de la conquête" (tracés rouges), trés  exceptionnellement réutilisé, circule dans l'indépendance quasi totale de notre voierie actuelle : très tôt disparues dans l'immense majorité des cas, ces grandes voies n'ont pu guider des limites administratives dont l'origine  fut largement postérieure à leur désuétude et à leur ruine.


   Nous venons de toucher là - pour n'y plus revenir - au phénomène qui gangrène le chapitre limousin des voies romaines, mélangeant les époques, les techniques et les tracés en une inextricable pagaille.

     En la matière on voit combien il est important de savoir de quoi l'on parle et de mettre en perspective 5 siècles d'antiquité gallo-romaine qui ne s'écoulèrent pas, loin s'en faut, comme "un long fleuve tranquille".
 

Voies de St Martial
              

  Du Pont-St-Martial au Chambon
sur la Briance,
  
                            
  Passé le lotissement de Fongeaudrant, au carrefour de cote 301, se réalise l'éclatement de trois itinéraires dont nous avons tout lieu de penser qu'ils firent racine commune à partir du Pont St Martial : cadre blanc sur le document ci-dessus. 
  L'itinéraire très tardif de Solignac, est repéré par les routes actuelles et les limites communales;  il y a moins de 50 ans il a été aboli dans les champs au-dessus de Fongeaudrant et jusqu'à la route de Chantelauve; sa courte trace fossile est encore visible sur toutes les photos aériennes. Si l'on se réfère à ces images, c'était un chemin assez modeste.
   La voie tardive de Vesunna / Périgueux
étudiée par COURAUD, avant et après Pont-Rompu , se retrouve également et à peu de choses près,  sous les routes actuelles.

                     La bifurcation du Chambon

   La voie précoce - voie du Haut-Empire - de Fongeaudrant au Chambon et autres lieux, est  à peine plus difficile à retrouver si - oubliant les routes d'aujourd'hui - l'on prend la peine de mettre en oeuvre d'autres critères qu'une longue expérience a fini par nous  enseigner : remarques topographiques, botaniques, hydrographiques . . . que nous avons évoqué et montré sur les itinéraires de ces hautes  époques.
  Il serait temps de
  prendre en compte toutes les menues anomalies que nous connaissons maintenant et qui signent les grands travaux dont la voirie antique nous a laissé la trace ne serait-ce que par le passage intense qu'elle a supporté pendant au moins les deux premiers siècles de notre ère.

    Sous la cote 301 ( cadre blanc, se reporter à la carte au 1/25000ème), à hauteur de
l'Etablissement de Formation du Personnel Hospitalier, face au Sud, une large dépression marque sa descente vers un ruisseau : le Rigouroux. Cette trace est repérable sur les photos de l'internet. Plus bas, le gué antique a infléchi durablement  le cours du ruisseau. Au-delà, un chemin en partie désaffecté, qui longe la Zone d'Activités de Mazérollas (Z.A. Jean-Monnet) prend approximativement le relais jusqu'au carrefour de la Croix-de-Fer (route de Condat).
   En bonne logique, la descente vers Veyrinas est à droite de la route actuelle. Un décrochement de parcellaire, un passage de ruisseau et une remontée en marge du village en témoignent. Et dans la traversée du lieu, on notera la "rue des Vieilles-Pierres".


    Mais aussi et surtout, dans le virage à l'entrée du village un mur démesurément long délimite un parc.
   Une telle débauche de pierre à construire autour d'une demeure très ordinaire, invite à penser à une récupération ancienne et sélective de matériaux sur l'assise d'une chaussée antique. Récupération dont les constructions et reconstructions des maisons du village ont également bénéficié au cours des siècles. Même remarque peut être faite plus loin, dans la traversée des lieux habités tel  le Chambon ou le passage  près de la Béchadie.
   Et toujours se pose à ce propos, la question de la provenance et du mode d'acheminement de ces matériaux d'apparence et de texture tout à fait hétérogènes.
   Sur la hauteur, à Veyrinas,  on retrouvera la voie antique sous la route moderne qui descend au Chambon. Une route qui très vite, se dégage  par la droite de l'assise antique. Tout droit,
la voie dévale la pente au fond d'une combe sèche,  investie de nos jours par des maisons individuelles.
Attention :
  dans sa partie basse, cette combe s'infléchit à droite vers le lieu-dit "Le Gué de Chambon" que l'on trouve, venant de l'Aiguille, à l'entrée du village du Chambon .
 Un gué faisant face à une  haute colline et obligeant à un long parcours de rive sous des aplombs vertigineux ? Le dispositif n'est pas romain pour deux sesterces ! L'usage de ce gué viendra sans doute bien des siècles plus tard : ce n'est pas notre affaire !
  En fait notre voie s'est dégagée de la combe en s'inscrivant en large replat, sur l'épaulement Est de la dépression qu'elle suivait jusque-là : l'assise de l'ancienne voie romaine est toujours là, beaucoup plus large que le modeste chemin actuel. Des vieilles pierres forment un muret vers l'aval et soutiennent les terres d'amont. La voie  abordait ainsi le village du Chambon dans le grand virage de la route où se trouve une ancienne auberge : l'enseigne est toujours là (astérisque rouge, ci-dessous).
   Mais dans sa pente vers la Briance, auriez-vous remarqué - outre la trace sombre de la voie dans les prés - une petite mare de récupération d'eau, à mi-descente ( flèche bleue)?
 


   Sur la Briance, le gué est toujours  à sa place, foi de vieux pêcheur, mais les hautes pierres -  illustrées par la carte postale de Jové -  ont disparu enlevées par "les nettoyeurs de rivière" par crainte des embâcles.

   Dans la remontée de la face sud de la vallée, les cheminements sont difficiles à appréhender : le massif boisé central est un taillis rendu impénétrable par les chablis de 1999 sans valeur, laissés en place et reliés entre eux par les jeunes pousses. Nous n'engagerons pas notre réputation sur ce passage.



    Par contre, plus haut dans la pente, les deux sorties sous la route de Pont-Rompu à Envaud, au Sud, sont aussi explicites que terriblement éprouvantes : la sortie notée B particulièrement, présente un taux de montée effrayant.

 
 Nous employons souvent le terme de "tranchées routières" mais il serait peut-être plus juste, devant ces décaissements "pharaoniques" de parler de dépressions sèches  aménagées à partir d'une ébauche naturelle.

  Et il faudra bien un jour aborder le problème des "ruptures de charge" : l'idée de  démonter les chariots et d'en  transporter à bât vers le sommet des côtes les éléments avec les  marchandises, est une hypothèse hardie mais il est difficile de proposer une alternative.

  A propos, avez-vous remarqué, sur certains bas-reliefs d'époque antique . . . les moyeux des chariots ?   Un possible système  de "clavette rapide " ?




 
   L'image synoptique ci-dessus résume 5 ou 6 siècles d'histoire, l'histoire des premières grandes routes qu'a supportées cette petite région.
 

                        Une possible plateforme de jonction à l'ouest de Royer

      - Après le gué du Chambon la bifurcation a  lieu dans la première partie de la  montée :
     - à gauche de l'image, le tracé marqué A, en rouge,   c'est l'itinéraire qui va se diriger vers le plateau de Royer placé sur l'interfluve entre les ruisseaux Boulou et Cramoulou.
   On aura passé  à gué de belle manière le ruisseau d'Envaud situé à proximité de l'ancienne ferme de Bois-Pataud. Plus haut encore nous aurons frôlé le village de la Béchadie perché sur une hauteur où affleurent des schistes très dégradés. En désespoir de quoi  ses vieilles maisons exposent encore les pierres disparates - compactes, solides, avec de beaux parements . . .  qui avaient auparavant fait le lit de l'ancienne voie romaine.
   En descendant vers un passage d'eau sur le Boulou l'ancienne voie est trahie par
une courte trace dans un pré à l'est de Bellevue, qui confirme dans le même temps, son orientation précise. Après le Boulou, la montée vers le plateau d'interfluve l'amène à passer à égale distance de Royer et de la ferme gauloise de la Chèze .

                   
   A peu de distance cet itinéraire antique devait se fondre à celui décrit dans une page précédente et qui quittait le forum de Limoges / Augustoritum par Ste-Claire (Renoir), transitait par le Roussillon, les Cailloux et la Croix-du-Thay pour aller passer la Vienne au Haut-Verthamont. Nous l'avons abandonné en route vers le sud, après les Champs et le cimetière de Beynac.

  Quant au troisième itinéraire  quittant Limoges par le site des Arènes (Place des Carmes) et la Croix-des-Places, passant par la Cornue d'Isle et la propriété communale du Château des Bayles, nous l'avons vu passer la Vienne au Bas-Verthamont. Par le village du Bastier - le bien nommé - nous l'avons suivi sur l'interfluve entre Boulou et Cramoulou, jalonné par les lieux-dits Lestrade et la Pouge puis passant par la proximité du site des Rochers, des noms à forte résonnance routière comme on le sait.

   Si après cela, un itinéraire commun devait conduire vers Périgueux/Vesuna voire Bordeaux/Burdigala ce pourrait être celui-ci .



Issue de la bifurcation d'outre-Briance,
au sud du Chambon,
la voie antique du sud.


   - Après le gué du Chambon, à droite de l'image, sortie à grand peine du tobogan gigantesque (tracé marqué B) la voie du sud prend son indépendance et aborde enfin le plateau.
     C'est la seconde  branche issue de la bifurcation. Ignorée par la Table de Peutinger, elle est axée au sud et nous sommes dans l'incertitude vis à vis de sa destination.

   Sur une rupture de pente, la voie tardive chère à COURAUD (flèche jaune sur la route moderne) va la trancher,  et en quelque sorte et si besoin était, la valider en découvrant ostensiblement les gros blocs d'un ancien chantier de concassage mis au jour par des travaux de dessouchage ( photos C ci-dessous).

   Ici, sur le haut des terres on remarque un ancien dépôt de pierraille recouvert de gazon (C)
. L'épierrement des labours est une  pratique  ancienne.  L'ancienne voie a ainsi été localement  détruite par la voie nouvelle (flèche jaune). Une petite station a pu exister ici (buis et aménagements divers).

  La voie du Haut-Empire (tracé rouge) poursuit  par le Petit-Cheyrol. On peut en suivre le cours jusque dans la proximité de Maison-Rouge. Le nom de Maison-Rouge se retrouve si souvent le long de ces vieux itinéraires que l'on a fini par admettre avec quelque raison, qu'il marque le souvenir d'une ancienne  "mansione" ou d'une "mutatione", un site d'étape : auberge,  commerces, relais d'attelages  . . .  Nous retrouverons encore une trace à Triquerie près de St Maurice-les-Brousses et non loin à Bonnetie, un enclos de tradition gauloise . . .

   Aurons-nous suffisamment éclairé le sujet et donné le ton pour des recherches futures ?  Nous allons  clore notre propos par quelques images.

   - D'abord les sorties sud de la vallée de la Briance, face aux carrières du Chambon, puis le croisement des voies à mi-pente.
   


                                                             
                                            Et, autres images . . .

Pierres
   Un étalage de pierres homogènes dans leur hétérogénéité - pour les géologues -  où la famille des schistes de la Croix-Janiquet fait exception.
  Comme un hommage aux approvisionneurs qui venaient de loin, trainant des blocs cyclopéens.
  Comme un hommage aux carriers serviles qui fractionnaient ces blocs énormes selon les besoins des bâtisseurs de voies.

Et puis . . .

   Et puis Solignac hors de notre sujet mais pour ce que le lieu représente, avant et après  Saint-Eloi.
  Et pour la "visualisation" du passage de la voie  tardive, encore apparente dans le tissu urbain actuel.
  Et un clin d'oeil sur le vieux pont sur un passage d'origine antique.

   Et sur la voie de Vesunna, une trace dans la descente vers le Boulou, après la Béchadie.

   Et sur la voie du sud, le noyer du Petit-Cheyrol parce sa famille se perpétue  toute seule sur le bord d'une ancienne voie inconnue jusque-là. C'est le petit point en bordure de la voie sur la photo GOOGLE (Navré mais on en verra d'autres ! Il est coïncé sous la carte postale et je n'ai pas envie de refaire le panneau.)

  Et puis de part et d'autre de Royer (Royer-sud) et de notre  très vieux chemin des romains, sans commentaires superflus, une ferme gauloise (la Chèze) puis une autre un peu plus gallo-romaine peut-être ! Mais ne les cherchez pas sur de nouvelles images : tous les détails ont été nivelés par l'agriculture. Même le "cassano-curtis" est devenu illisible !




Une voie vers l'Est par le Pont-St-Martial :
la "via agrippa" de Lyon



via agrippa
   
 
 Soyons honnête, à partir du Pont-St-Martial, le tracé de la voie d'Agrippa vers Lyon /Lugdunum ne s'est pas imposé à moi d'emblée  car il n'y a pas d'antécédent dans  la littérature limousine, pour une telle solution.

   Par contre, un passage d'eau antique au niveau de l'ancien village des Casseaux m'a toujours semblé tout à fait crédible et il me semble sans précision aucune, que la possibilité d'une telle existence aurait été vaguement évoquée anciennement dans la littérature limousine. Un passage d'eau antique qui se serait perpétué jusqu'à l'époque contemporaine puisque d'alertes  nonagénaires m'ont fait confidence qu'entre les Coutures, le Naveix et la Grande-Ile, de leur enfance et de leur adolescence, ils gardent le souvenir très précis de Mathieu le dernier passeur. Sa maison existe toujours, conservée comme une relique au plus près de l'eau, en rive droite de la Vienne.

   Alors et puisque nous avons déjà l'exemple sur la voie de Périgueux de la pluralité Gués de Verthamont /  Pont St Martial, pourquoi n'aurions-nous pas sur la voie de Lyon, l'alternative Bac des Casseaux / Pont St Martial.

     Et je vous entends déjà me dire : oui, par la rue de Babylone ! 

     
                      Requiem pour la rue de Babylone



  Et cela mérite que l'on marque une pause et que l'on en revienne à tout ce que j'ai pu dire sur les voies antiques. Même celles que je qualifie de tardives : car si l'on me prouve que la rue de Babylone est une rue d'origine antique, je suis près à manger mon "manche à balai".
   Mais je suis tranquille, son tracé représente l'antithèse d'un tracé romain ! Et son confront avec une voie romaine de plein exercice est un véritable cas d'école ! (ci-dessous)

        
          

   La "Maxime de la Falaise"


  Imaginons que la Table de Peutinger nous ait proposé une voie Augustoritum - Tolosa (Toulouse). Nous venons de voir à deux reprises que pour tirer une voie directe, un  mur de rochers n'arrêtait pas le romain.
  La solution que nous avons vue à l'oeuvre pour la rue de la Roche ou le passage vers la Font-Péchiade, vaudrait pour la nouvelle direction. A partir du Pont St Martial, la solution "à la manière antique" eut été un départ par la rue Sainte-Anne. Puis St Lazare et approximativement notre ancienne Nationale 20.
   C'est ce que nous avons voulu évoquer par de petites flèches jaunes, beaucoup plus haut dans cette page, par l'image synoptique GOOGLE, des voies transitant par le Pont St Martial.
  Et depuis le Haut-Moyen-Age et durant la majeure partie des temps de l'Ancien-Régime, ce fut sans doute ainsi que se passèrent les voyages puisque en beaucoup d'endroits  le passage était fait et  les moyens d'en créer de nouveaux étaient chichement mesurés voire inexistants.


  Et il a  fallu attendre le XVIIIème siècle pour que Messieurs Trudaine à Paris et Tressaguet à Limoges (du temps de Monsieur Turgot) voient les choses autrement : la création de l'Ecole et du corps des Ponts et Chaussées permit de prendre en compte - attitude nouvelle - les besoins de développement du commerce et de l'industrie qui ne vont pas sans le confort (relatif) des voyageurs et le "ménagement" des attelages.
  D'où la rue de Babylone !

  De nouvelles routes soucieuses de l'efficacité  furent tracées, négociant les montées, créant des replats pour laisser souffler les chevaux.  La performance changea de critères et un de mes aïeux qui était roulier avait coutume de dire : "les bons chemins n'allongent pas".
   Nous ignorons si  quelques chemins incertains créés par l'usage, précédèrent ou guidèrent à une certaine  époque la construction de ce qui deviendra la rue de Babylone. Elle existe au Plan Legros de 1774 mais on ne la voit pas au  Plan de J B Tripon  de 1750 reproduisant celui de Tressaguet, mais il est vrai que nous sommes sur la marge sud-est de ces plans.
    Elle figure par contre à l'ancien cadastre de 1812. Cette rue serait  une création tardive et probablement ex nihilo.
 
  Et de fait, pour la desserte de St-Lazare par cette nouvelle route de Toulouse,  l'allongement du parcours divise  par deux le taux de montée de la rue Sainte-Anne. Mais aucun constat de ce  genre  n'aurait ému un ingénieur romain ce  qui écarte toute velléité supplémentaire de leur attribuer la paternité de ce parcours "chantourné".

  Oublions Toulouse et revenons à la route de Lyon.

   Et sur le Plan Legros, nous constatons que la racine de notre voie romaine de Vesunna par la Font-Péchiade et la Croix-du-Crible, était depuis longtemps sortie de l'histoire. Nous ne sommes pas peu fier de la faire revenir par la petite porte.
   Même si la route de St Yrieix avait à cette époque, une assise  sensiblement plus éloignée de la rivière que de nos jours semble-t-il.


       La voie d'Agrippa :
voie de Clermont /Augustonemetum et de Lyon / Lugdunum
 


 

  Simples remarques

   Au départ, sur la rue de Babylone, l'immeuble qui fait angle à droite en montant la rue Ste-Anne  est établi au même niveau que cette dernière et sur un espace qui permettait sans doute aux temps antiques, l'alignement courbe de la voie sur la sortie du pont St-Martial.

   Immédiatement au-dessus de l'immeuble, dans le jardin de la première maison d'habitation, une "fontaine" coule dans un petit bassin d'ornement.

   Plus certainement une pseudo-fontaine : Monsieur GOURINCHAS, "facteur des Postes" et mémoire vivante de son quartier m'a parlé d'une léproserie qui aurait existé dans la pente de Sainte-Anne. Un tel établissement utilisait l'eau de nombreuses sources dit-on. Peut-on imaginer que ces sources déversent maintenant leur eau inutile dans les soubassements de la voie antique qui l'amènent jusqu'au bas de la pente ? Et qu'elles ne sont plus que des pseudo-sources liées à la présence des restes de la voie romaine ?

   A mi-montée, la rue Sainte-Anne marque une nette inflexion à gauche
  invite à penser qu'une bifurcation ("à l'antique") a  existé à cet endroit.

   La branche disparue, à gauche, se raccordait sans difficulté à la partie haute de la rue actuelle Etienne-Jodelle
qui a marqué de longue date l'esprit des anciens du quartier par sa pente très forte, au point d'avoir fait adage :"Faut la monter, la Catissou !"
   
La rue Etienne-Jodelle prend son essort sur la rue de Toulouse (qui fait suite à la rue de Babylone) par un délaissé de route en angle, la rue Antoine-de-Baïf,
dont le tracé en "chapeau de gendarme" se retrouve fréquemment dans la voierie moderne, au franchissement d'un obstacle traversier en creux telle une tranchée routière antique (vignette ci-dessus et photo synoptique ci-dessous en impression jaune, la "catissou" étant en vert).
  En face, la rue Lucien-Rougerie
prolonge la rue Etienne-Jodelle, vers un gué sur l'Auzette.

  N B : Un autre délaissé ancien sur la rue de Toulouse, plus haut, avant l'arrivée sur le replat de St-Lazare, ne présente aucun environnement archéologique. Il est plus certainement un effet de la doctrine des ingénieurs du XVIIIème sensibles à l'efficacité des attelages ( cadre blanc, photo "superposition d'éléments"  ci-dessus) au moment précis où le franchissement d'un petit thalweg traversier nécessitait que l'on amoindrisse la pente (c'est le tracé en "chapeau de gendarme").



Le Mas-Rome

   Le gué du Mas-Rome dans l'orientation biaise que l'on peut être tenté de lui donner aujourd'hui, impliquerait une large courbe de la voie d'Agrippa par la Cité du Sablard avant d'atteindre sa jonction avec la branche venant du passage d'eau  des Casseaux, au niveau de l'Hopital du Dr Chastaingt.
   Quant à invoquer une relation toponymique entre le passage d'une voie antique et le nom de l'ancien village du Mas-Rome, il n'y a qu'un pas. Il me revient cependant le souvenir d'une vieille publication - 30, 40 ans et plus peut-être ?  - qui tenait pour acquit que le nom avait été donné à ce village maintenant disparu, en l'honneur de L'Aiglon, le Roi-de-Rome .
    A qui se fier, notre histoire locale est pleine de chausses-trappes !

   Mais voici  ci-dessus, la reproduction d'une vignette d'arpentement  mise en ligne par les Archives Départementales de la Haute-Vienne. Ce document montre un village important nommément  désigné  le Mas-Rome. Le style du croquis me semble bien antérieur au Premier-Empire. Le lieu est sans doute magnifié par un effet de perspective mettant en arrière-plan la ville de Limoges.

                                                                                             __________________ 
                                                             
    Nous reviendrons dans une prochaine page au passage d'eau des Casseaux suivi de quelques jalons que nous avons plantés sur la voie d'Agrippa jusqu'à Sauviat-sur-Vige via St-Priest-Taurion.